De l’autre côté du miroir #11

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Les 2 clips de Claire Desfrançois

Matilda Mann – Bloom

La musicienne londonienne annonce son nouvel EP à venir, Sonder, à l’aide d’un beau single teinté de nostalgie, bien accompagné par sa vidéo, réalisée par Aria Shahrokhshahi. Une petite pépite entre la pop et le folk, qui affirme encore un peu plus le talent de la Britannique pour raconter des histoires, musicales et visuelles, au travers de son univers doux et tout en couleurs pastels.


Porij – Ego

Les Mancuniens de Porij continuent de sortir quelques singles au compte-gouttes, en attendant leur première sortie studio. Nouveau titre en date, le popesque “Ego”, qui s’épanche sur la fin des relations amoureuses et la facilité de chaque protagoniste à passer à autre chose. Le clip illustre le thème par des successions de plans de visages aspergés de différents produits, du polystyrène aux plumes en passant par les pilules de médicaments. De quoi se demander de quoi le premier EP sera fait !

Les 2 clips de Jules Dublé

Magdalena Bay – Chaeri

Déferlante néon sur les collines de Los Angeles : le duo qui agite la pop californienne revient d’entre les ombres pour annoncer la sortie de son nouvel album, Mercurial World, le 8 octobre prochain. Tout un univers de câbles et de lumières crépusculaires à la sauce postapocalyptique se dévoile dans le nouveau clip de Mica Tenenbaum et Matthew Lewin, pensé pour refléter les thèmes de « Chaeri ». La santé mentale, l’amitié, la solitude : autant de leitmotivs d’une génération désenchantée – les vrai·e·s auront la réf – dont Magdalena Bay compose la bande-son, dans les pas de Grimes et des autres piliers de l’électropop du début des années 2020.


Tyler, The Creator – CORSO

Mais qui est donc ce mystérieux Wolf Haley, crédité au générique de ce clip aux tonalités froides, mi-huis-clos, mi comédie musicale ? Nul autre que Tyler Gregory Okonma, le prodige du rap West Coast, qui ne rechigne jamais à endosser d’autres costumes, en bon caméléon. Au début de « CORSO », nouvel extrait en date de son dernier opus, deux mecs à vélo semblent avoir échoué à côté des poubelles d’un entrepôt désert, comme en écho au titre de l’album : Call Me If You Get Lost. Mais petit à petit, la caméra s’approche d’un hublot, par lequel on entrevoit Tyler, décidément omniprésent, soudoyé par un homme lui intimant de jouer son morceau devant un parterre d’enfants un peu trop sages pour une fête d’anniversaire. Distillant les pépites d’un LP encensé par la critique comme par ses fans, l’artiste prolifique – et visiblement inarrêtable – enrichit progressivement un univers créatif aux contours nettement définis.

Les 2 clips de Raphaël Duprez

DeLaurentis – Be A Woman (Live Session)

Un espace infini, immaculé. Le lieu vide et solitaire d’une exploration féminine, le canevas sur lequel la musique va aller jusqu’à se dessiner, tracer les formes d’une identité qui ne cesse de se métamorphoser, œuvre après œuvre. Le regard de la réalisatrice Marjorie Lhomme contemple, explore les désertions humaines où elle focalise DeLaurentis, quelque part entre admiration et respect. Le but à atteindre, pour les deux artistes, est complexe. Le résultat n’en est que plus admirable et unique. Tandis que le rythme s’emballe, bat contre nos tempes et dans nos neurones, « Be A Woman » offre à la compositrice la peinture créative d’un espace où, malgré les tons blancs et gris, souffle un renouveau, une seconde inspiration. Le sang, rouge et coulant dans nos veines revigorées. L’artifice transcendé par la caméra et les machines, amené à hauteur existentielle. Les quelques roses originelles du court-métrage, aperçues brièvement, offrent leur essence à la montée en puissance de « Be A Woman ». Une éclosion, une mutation sensorielle.


Thérèse – « Skin Hunger »

Et dire que le summum de l’impersonnel – YouTube, pour ne pas le citer – se permet de censurer « Skin Hunger » ! Ironiquement, cela ressemble à s’y méprendre à un rapport de cause à effet : là où Thérèse défend, grâce aux peaux et au toucher, aux contacts sensuels et sexuels, la transcendance de l’écran surprotecteur, le terrain se voit paralysé par les grands maîtres de la désincarnation. Raison de plus pour nous battre bec et ongles afin de mettre en lumière ce monument visuel et sonore de la rupture, de la condamnation d’un virtuel aseptisé à l’extrême. « Skin Hunger » est magnifique, aguicheur, excitant. Il noie le spectateur dans un océan doux et torride, un appel non pas à la débauche mais à la redécouverte de soi par l’autre, par le geste, la caresse, l’acte ultime. Tout ne peut pas être programmé, encore plus après des mois d’isolement pour chacun d’entre nous. Thérèse magnifie les variations cutanées, les rythmes tendres et cajoleurs. Une faim insatiable et communicative. Rien ne remplacera jamais l’intimité, seule source essentielle d’une humanité consciente de ses envies et dépendances amoureuses, corporelles et affectives.