De l’autre côté du miroir #1

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Chaque semaine, PUNKTUM vous propose de découvrir une sélection de clips risquant fort de durablement imprégner vos rétines de faire vibrer vos tympans. Au programme de ce premier florilège, émotions fortes, peurs et colère s’entremêlent et finissent par se rejoindre au fil de six chapitres visuels qui, on l’espère, vous inspireront et vous emporteront autant que nous !

Jumo – « L’exode »

Ça pourrait être l’histoire d’une jeunesse sacrifiée mais la tête emplie de rêves. Sous ses atours de rencontre fortuite, de passage de l’adolescence à l’âge adulte au cœur de la simplicité rurale, « L’exode » exige cependant une lecture plus profonde, initiée par le rapprochement de deux êtres destinés l’un à l’autre. Une sobriété que l’on ne trouve plus de nos jours, car égarée sous des torrents d’apparences pixellisées et d’urbanisme exacerbé. Une ode à la liberté continuellement à la frontière de la tragédie, grâce aux impulsions électroniques de Jumo et à une succession de plans fulgurants, devant l’objectif de la caméra de Romain Winkler. Le cri étourdissant d’une génération forte, passionnée et volontaire.


CEYLON – « Mon Ami »

Observant les souvenirs, les premiers balbutiements d’un lien et son issue trop souvent fatale, « Mon Ami » joue des images et des réminiscences avec une constante intelligence. La fougue entremêlée de mélancolie du titre de CEYLON parcourt l’histoire dramatique qui nous est ici contée, projection mentale de l’absence et de l’oubli dans un décor aseptisé. Entre errances nocturnes, danses lascives et chamaniques, implorations oniriques et prières silencieuses, le court-métrage bouscule les codes de la grammaire visuelle et appelle la filiation de celles et ceux qui, au-delà du silence, errent tels les esprits motivant chacun de nos gestes, de nos mouvements, de nos regards. Une vision troublante et bouleversante des cellules vibrantes que nous portons tous en nous. L’appartenance, par-delà l’oubli.


ORDER 89 – « Barbara »

Il y a du désespoir dans la transe désespérée de l’héroïne de « Barbara ». Amplifiée par l’utilisation d’un noir et blanc profond, l’évocation d’une veillée solitaire et d’une menace animale demeurant en retrait mais prête à bondir paraissent vouées à la confrontation. ORDER 89, interprétant une musique projetant ses éclats de lumière noire, séduit, frôle et corrompt. Les deux entités, tandis qu’une offrande brûlante est donnée, vont pouvoir se confondre : la lutte, la sauvagerie d’une révélation intime, d’une conviction enfin écrite dans les chairs, s’enflamme et nous mène au cœur d’une frénésie rédemptrice, d’un nouveau départ. Barbara, seule dans la nuit, ouvre les yeux et l’esprit. Elle est, forte, debout, obstinée et prête à en découdre. Et nous, de la suivre sans hésitation.


Nadejda – « Turn Around »

Aucune limite, pas de filtre, roue libre totale ! « Turn Around » de Nadejda a le mérite de dire tout haut ce que chacun de nous pense tout pas devant une situation en apparence inextricable. La réussite du clip tient dans son constant rapport séduction-répulsion, dans son assimilation des contraires, de la débauche autant que d’un charme à la fois sexy et bestial. Tout peut arriver, mais surtout le meilleur ; à tel point qu’on se verrait bien franchir les bords de l’écran et aller, à notre tour, fracasser la bienséance. Un phénomène cathartique qui tourne rapidement au trip psychiatrique, défouloir parfait pour nos contrariétés quotidiennes. Ou comment comprendre, en moins de cinq minutes, que l’on a enfin trouvé le porte-parole de nos galères, de nos frustrations et, plus que tout, de nos pétages de câble en règle et maintenant légitimes !


Alexandrie – « Les Sables d’Olonne »

Une solitude. L’être face à l’infinité de l’espace terrestre, à la frontière de la terre et de la mer, des éléments naturels et du béton, au loin. La ville n’a jamais semblé aussi proche de nous. Elle se personnifie sous le regard et le chant d’Alexandrie, créature de chair et de sable, d’eau et d’embruns. Contre elle, une silhouette avance, murmure à son oreille infinie et à la nôtre, conquise. Le clip soupire, regarde au loin, invite les âmes perdues à prendre la parole. Puis, tous se confondent et s’enlacent, dans une symbiose vitale, parfois visuellement violente quand les vagues nous frappent, parfois effrayante dès lors que le visage du protagoniste disparaît sous l’écume. Mais, rapidement, c’est à un baptême puis à un mariage que l’on assiste, à une seconde chance. Un retour aux sources originelles, là où la marée porte avec elle les vents d’un renouveau que l’on n’attendait plus. Et, en son sein, les sons tendres et duveteux d’Alexandrie.


PHÔS – « L’horizon est restreint »

Le choc. Une journée faite d’instantanés, de reflets qui ne rendent pas justice à leur modèle. La narration partiellement stroboscopique de « L’horizon est restreint » nous frappe, tant par sa poésie que par sa justesse, son intelligence picturale. Comme une succession de photographies que l’âge abîme avant même que les événements aient concrètement eu lieu. Au premier abord, le désespoir s’empare de nous, cruel, mordant. Mais l’abandon devient liberté, quand le prisme de verre est franchi et qu’une imprévisible ampleur écarte les frontières trop réductrices de l’écran. « Regarde », nous dit Watine. On embrasse le vide, le vertige, le tourment. On s’immerge dans un songe éveillé, une aube nouvelle. Les landes, les arbres, les forêts et les lacs sont notre habitat, notre raison d’être. Notre refuge universel lorsque tout nous fuit, nous rejette, nous oublie. On avance. On respire. On existe.