Dans l’inconnu, dans l’acoustique : rencontre avec Caesaria

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Pour faire ce qu’ils appellent du « club rock », il faut une sacrée dose de rock, un soupçon de pop et beaucoup d’électro. Le plus dur, c’est de bien mélanger. Les mecs de Caesaria ont trouvé la recette parfaite avec leur troisième EP Connection Loss paru en mai dernier. Cinq titres bien trempés… qu’ils ont complètement revisité en acoustique. On retrouve la bande strasbourgeoise sur un canapé de La Laiterie, en visioconférence, pour nous parler de l’arrivée surprise de ce dernier EP, Unplugged Connection.

PUNKTUM : Au lendemain de l’annonce de Macron qui laisse encore sur pause le monde de la musique, comment allez-vous ?

Théo Chaumard (chant, guitare) : Pour nous ça ne change pas grand chose. Il ne se passe rien alors on reste sur notre ligne de conduite.

Thomas Fariney (bassiste) : En tout cas, on continue à bosser à la maison. En ce moment, on compose, on prépare un spectacle acoustique. On s’adapte à la situation et on avance.

Les concerts que vous préparez présenteront Unplugged Connection, votre nouvel EP. C’est la version acoustique de votre EP précédent, Connection Loss, sorti en plein confinement en mai dernier. Comment est venue cette envie de le revisiter ?

Théo : En effet, on a sorti Connection Loss en mai dernier. C’était une période assez calme, c’était aussi le moment de revenir sur soi. On avait beaucoup moins de concerts que prévu donc on s’est retrouvé avec ces nouveaux morceaux qu’on jouait sur nos canapés. L’idée de les enregistrer nous est venue comme ça et notre entourage nous a encouragé. Donc on a tout fait chez nous puis notre ami Christophe Pulon, qui nous suit depuis longtemps, a mixé et masterisé ce qui est devenu notre EP acoustique Unplugged Connection.

Cette idée a donc surgi après avoir composé l’EP original ?

Thomas : Oui. Comme on n’avait pas de concerts en mai dernier, on s’est dit qu’il fallait encore un peu exploité l’EP Connection Loss qui venait de sortir. De fil en aiguille, on s’est rendu compte qu’il sonnait bien en acoustique. Vas-y, feu vert, on essaie. On avait jamais fait cet exercice-là et on a beaucoup aimé !

Théo : On voulait garder le message central de Connection Loss mais l’exprimer d’une autre façon.

Pour vous exprimer autrement, vous changez totalement de style. Je pense notamment à « Conversations » qui passe d’une pop ultra fraîche à du piano-voix assez majestueux. Qu’est-ce que ça vous apporte la ré-interprétation ?

Théo : On s’est laissé la liberté totale de partir sur des harmonies qui marchaient bien avec le chant. On laisse le titre voyager, on verra bien où il arrivera. D’ailleurs pour « Conversations » on pensait pas que ça donnerait ça ! La nouvelle lecture est cool et permet d’aller au plus loin sans transformer le morceau de base.

Thomas : C’est fou parce qu’on a d’autres sentiments en les jouant en acoustique.

Il y a de belles surprises. L’originale « Sometimes I Wanna Fight » a un côté dansant, très pop. À l’acoustique, vous ne perdez pas une miette de cette énergie. Comment s’est passé la recomposition des morceaux ?

Théo : Bah on se met autour d’une table, deux guitares, une bière et on voit ce qui se passe ! (rires) C’était vraiment comme ça ! On essayait des trucs. Les gars faisait des harmonies à la guitare, je chantais par-dessus. On trouve ça cool, ou pas, alors on change. Une fois qu’on a un truc honnête, on passe en studio, on peaufine et ça se fait petit à petit.

Thomas : On prenait les accords des chansons et on dérive de cette base.

Un peu comme un jeu ?

Théo : Ouais c’est ça ! On poussait le truc au maximum pour voir à quel moment on perdait l’essence même du morceau et à quel moment on était vraiment dedans.

« On poussait le truc au maximum pour voir à quel moment on perdait l’essence même du morceau et à quel moment on était vraiment dedans. »

Caesaria

Vous évoquiez la volonté de garder le message central de Connection Loss,à savoir dénoncer l’hyperconnexion aux machines et la déconnexion entre les êtres humains. C’est notre époque qui vous inspire ?

Théo : Entre autre. Mais quand on a écrit cet EP, on n’était pas encore dans la crise sanitaire. En l’occurence, il porte vraiment sur notre dépendance aux nouvelles technologies. On est tout le temps connecté et en même hyper seul. Ironie du sort : Connection Loss est sorti pendant le premir confinement durant lequel notre seul moyen de communication était justement tous ces outils technologiques. On est dans un paradoxe de société qui est quand même assez ouf. De la même manière, l’EP acoustique sort pendant le deuxième confinement. Le fait d’être replié sur soi nous rappelle aux choses simples et essentielles. Inconsciemment, on s’est retrouvé à vouloir faire les morceaux les plus bruts possibles. Le message en est d’autant plus fort.

Puisez-vous votre inspiration dans des dystopies en littérature ou cinéma ?

Théo : Pas vraiment. C’est plutôt à partir de choses qui nous sont chères en tant qu’être humain. On écrit à partir de feelings, de ressentis personnels.

Les chansons ne sont pas dans le même ordre selon les deux EP. Pourquoi ce choix ?

Théo : La tracklist c’est toujours un moment un peu compliqué parce qu’il faut l’organiser de façon à ne pas perdre l’auditeur qui t’écoutes de A à Z. Là, en plus, les chansons sont réinterprétées. Si on avait gardé le même ordre que Connection Loss, on aurait perdu l’atmosphère générale. Donc on a changé la tracklist de façon assez naturelle et par cohérence.

J’ai un coup de cœur pour « Bright ». D’ailleurs vous venez de sortir le clip de cette chanson dans lequel on vous voit jouer en drive-in à Chaux en août dernier. Comment avez-vous vécu ce concert ?

Louis Arcens (claviers) : C’était la première fois qu’on le faisait et au début c’était un peu bizarre de se retrouver devant plein de voitures. On voyait pas la tête des gens, c’était très spécial. Au bout de quinze ou vingt minutes, ça a décollé, le public klaxonait. On sentait qu’ils étaient à fond dedans depuis leurs voiture, même sans les voir. Ça fait chaud au cœur.

Théo : C’était hyper chelou et en même temps on en garde un excellent souvenir. Le concert était assez chouette. C’était la fin de l’été et comme il n’y a quasiment pas eu de festivals, les gens avaient vraiment envie d’être là. On a aussi réalisé que c’était peut-être la seule fois de notre vie qu’on ferait un concert en drive-in ! C’était lunaire comme situation. Il fallait absolument prendre des images pour garder des traces et contextualiser la sortie de Unplugged Connection.

La distance avec le public n’est pas trop frustrante ?

Thomas : Au début si mais comme disait Louis, le public a bien réagi. Certains sont même sortis de leur voiture. Un jeu s’est instauré entre klaxons et appels de phares. Il n’y avait pas d’applaudissements entre les chansons mais quatre cents voitures qui klaxonaient ! Il s’est vraiment passé quelque chose.

Théo : Ouais, on se serait cru sur le périph ! (rires)

On imagine l’ambiance ! Revenons un peu sur vos compositions. Pour Connection Loss, vous avez bossé avec Brett Shaw, le producteur de Foals. Ce groupe fait partie de vos influences ?

Théo : Ouais ça en fait partie ! Sinon, on est plutôt Pierre Billon, JUL(rires)

Thomas : Nos vraies influences au départ c’est plutôt le rock des années 2000 comme Arctic Monkeys, The Strokes ou effectivement, Foals qu’on écoute encore beaucoup.

Théo : Parmi les groupes plus actuels, je dirais Soulwax.

Thomas : Ouais, on est beaucoup influencé par tous les mélanges électro et rock.

Oui, cet électro – pop/rock s’entend beaucoup sur vos deux premiers EP Come On and Dance (2017) et Crashing (2018). À l’inverse Connection Loss marque un tournant plus rock, plus sombre aussi. Et là avec Unplugged Connection vous plongez dans l’inconnu, dans l’acoustique. Vous tirez quoi de toutes ces expériences ?

Thomas : On a vraiment trouvé ce qu’on voulait faire sur Connection Loss. L’identité du projet s’est concrétisée sur cet EP. Le Unplugged en découle, c’est une continuité.

Théo : On l’appelle notre propre musique « club rock » et depuis qu’on a créé Caesaria, on mène une sorte de chemin initiatique. On joue avec les curseurs : est-ce que ça doit être plus électro que rock ? Est-ce que ça doit plus pop que électro et rock ? Ou est-ce que c’est le rock qui domine ? Faut trouver le bon équilibre tout en étant punchy et dansant. Effectivement sur Connection Loss on pense avoir trouvé la justesse de la prod, la façon de chanter et comment dompter l’électro. Avec le Unplugged, on veut aussi prouver que le club rock peut être joué en acoustique.

« Le fait d’être replié sur soi nous rappelle aux choses simples et essentielles. Inconsciemment, on s’est retrouvé à vouloir faire les morceaux les plus bruts possibles. Le message en est d’autant plus fort. »

Caesaria

Vous nous disiez que vos futurs concerts en acoustique sont en préparation…

Théo : C’est ça ! En ce moment, on est en résidance à la Laiterie à Strasbourg depuis quelques jours. On prépare un nouveau show pour pouvoir tourner en acoustique et jouer un peu partout en s’adaptant aux restrictions.

On croise les doigts ! La prochaine étape, c’est la sortie d’un album ?

Thomas : On ne le dira pas ! (rires)

Théo : Ouais on prépare un album en parallèle.

Louis : Le confinement nous laisse bien le temps de composer, travailler les productions. On bosse à fond la caisse !

Unplugged Connection de Caesaria, sorti le 20 novembre.


Écoutez Unplugged Connection ici !

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