Creuse under fire

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C’est LE film attendu par les fans depuis l’annonce de sa mise en chantier, il y a déjà deux. Après un teaser révélé au Festival de Cannes 2019 et un bouche-à-oreille fédérateur, la nouvelle superproduction signée Luke Baissons, Le temps est à l’orage à Arfeuille-Châtain, sort enfin en VOD (confinement oblige) ce mercredi 1er avril. Nous avons pu voir la bête en avant-première hier soir, un lien destiné à s’auto-détruire après visionnage nous ayant été envoyé par le service Communication de la société du grand mogul, Europanamericanasiafricanaustralia International Corporation. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le résultat valait amplement son budget pharaonique, ce dernier étant estimé, aux derniers nouvelles, à plus de 12,50 euros (nouveaux, pas anciens). On vous dit tout sur une future oeuvre culte !

Un paysage plat. Mais vraiment plat. Que plus plat que ça, tu creuses. Au loin, le tonnerre gronde mais semble ne pas vouloir s’approcher. Même les éléments ont peur de ce qui peut arriver à Arfeuille-Châtain. Dans la pénombre grandissante, les phares éblouissants d’une 4L flambant neuve trouent l’obscurité. La caméra s’engouffre, en un plan-séquence à couper le souffle, à l’intérieur de l’habitacle. Du conducteur, on ne verra que le mégot de Gitanes maïs flamboyant, éclairant un visage usé par le temps et une casquette mitée. Lui, c’est René, le garde-champêtre du village. Et il sent, tout comme nous, qu’une menace s’amplifie. Son regard perçant et vitreux semble voir plus loin que l’éclairage de son bolide. Soudain, un panneau surgit : Arfeuille-Châtain. Pas un bruit, pas une bougie allumée. Tous les volets sont clos. René se gare devant l’ancienne épicerie et met au point mort. Un chien aboie. Un chat miaule. Sortant dans le froid qui s’accentue, titubant vers son coffre, il jette un coup d’œil à droite et à gauche avant d’ouvrir ce dernier et de contempler ce qui se trouve à l’intérieur. Du bout des lèvres, il murmure un solennel : « Ici, la loi c’est moi, crénom didiou ! » Gros plan vers…

« Le temps est à l’orage à Arfeuille-Châtain se savoure d’une traite comme une bonne rasade de Pastis hors d’âge. »

On ne vous en dira pas plus sur une intrigue tenant la route pendant plus de quatre heures, le tout sans temps mort et grâce à une succession de twists tous plus palpitants les uns que les autres. La réalisation au cordeau du légendaire Éric Tartofoin, qu’on ne présente plus, offre au long-métrage un rythme soutenu et nous réserve plusieurs scènes d’anthologie, comme cette fusillade en temps réel au milieu de la rue principale d’Arfeuille-Châtain (qui, faut-il le rappeler, est la SEULE rue d’Arfeuille-Châtain) entre René et le bad guy de service, chacun d’eux possédant un fusil deux coups et devant ainsi ménager ses munitions, qui sont de… deux balles. Quarante-cinq minutes d’un suspense hitchcockien, la tension s’emparant du spectateur pour ne plus le lâcher. Filmé en éclairages naturels grâce au travail remarquable du directeur photo Jean-Paul Jivoirien, mis en musique par le grand Charles Acoufaine et invitant l’actrice bankable Monica Mochoucci en vamp ténébreuse et arachnéenne, Le temps est à l’orage à Arfeuille-Châtain se savoure d’une traite comme une bonne rasade de Pastis hors d’âge, notamment grâce aux cascades spectaculaires coordonnées par celui dont le nom est sur toutes les lèvres à Hollywood : Michel Grogadin. Explosions de pétards, course-poursuite légendaire entre la 4L du héros et la 2CV en mode tuning du vilain ; on ne saurait résumer tout ce que ce classique en puissance expose et imprime sur nos rétines, bien après son générique final. Un héros est né, il s’appelle René.

Le temps est à l’orage à Arfeuille-Châtain, disponible sur Netflasque le 1er avril 2020.