Coup de Projecteur sur Tilda Swinton

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Coup de Projecteur paraît chaque semaine sur PUNKTUM en partenariat avec La Bobine Parisienne.

Cette semaine, cap sur l’Angleterre. Et sur une femme caméléon, élégante, qui envahit autant les grands que les petits écrans. Une femme multi-facette qui a été choisi par les lecteurs de la Bobine Parisienne pour ce nouveau Coup de projecteur ! Vous l’avez déjà vu, élégante, grande femme aux cheveux courts et aux yeux verts pétillants, vous l’avez vu au cinéma, ou dans vos publicités préférées ou sur des défilés de mode. Depuis quelques années, tout le monde la veut. Mais pourquoi ? Retour sur le parcours de Tilda Swinton, actrice et productrice anglaise.

Capture d’écran de « We Need To Talk About Kevin »

Retour sur son parcours

Tilda Swinton pourrait s’appeler « métamorphose » et avoir pour surnom « inattendu ». Métamorphose physique et psychologique et rôles inattendus à la fois de femmes et d’hommes grâce à son corps androgyne qu’elle chérit, qui lui donne des airs de David Bowie, sont au programme. Élevée avec ses trois frères par un père officier, issu d’une vieille famille écossaise, et une mère au foyer, Tilda est créative. Depuis l’adolescence, elle écrit des poèmes en prose et publie des articles théoriques dans des revues de littérature (Critical Quaterly) et de cinéma (Vertigo). Étudiante, elle est diplômée de l’Université de Cambridge en sciences politiques et sociales, elle intègre la Royal Shakespeare Company en 1984, l’une des troupes de théâtre britanniques les plus influentes du Royaume-Uni. À presque soixante ans, alors que toute personne parlerait d’une incroyable carrière, Tilda préfère les termes « parcours de vie » pour définir sa trajectoire professionnelle : « Je ne suis pas certaine d’avoir une carrière, j’ai plutôt le sentiment d’avoir une vie. Je ne suis pas très professionnelle. Je marche à l’instinct, je vais là où mon nez me guide. Cela peut prendre la forme d’une collaboration avec un cinéaste, d’une performance, d’un texte, d’un projet de photos. » (Télérama, le 23 novembre 2011). Nous le verrons, Tilda c’est bien plus que le cinéma.

« J’ai du mal à concevoir de travailler avec un cinéaste sans devenir son amie. »

Tilda Swinton, dans Télérama en novembre 2011

L’éclectisme de sa filmographie peut surprendre. Figure d’un cinéma d’avant-garde, et habituée des block-buster (Narnia, Dr Strange), Tilda s’affirme comme un personnage capable d’un grand charisme même dans des seconds rôles. Découverte par le cinéaste underground Derek Jarman qui lui offre son premier rôle en 1986, Tilda Swinton jouera par la suite dans tous les longs métrages du réalisateur londonien, jusqu’à sa mort en 1994 (The Last of England, Edward II, Wittgenstein…). Edward II qui lui vaut de recevoir la Coupe Volpi de la meilleure actrice à la Mostra de Venise en 1992 pour son interprétation de la reine Isabelle. Sept films en neuf ans font naître une profonde amitié et une admiration réciproque entre les deux artistes : « Derek Jarman n’a jamais eu besoin d’autre muse que lui-même. Je me vois davantage comme un modèle bressonien. Dans notre premier film, Caravaggio, je jouais le modèle du peintre Caravage. Je serais plutôt ce que les Allemands appellent une Mitarbeiter, quelqu’un qui ne sait travailler qu’avec les autres. » (Télérama, le 23 novembre 2011). Suivront des rôles marquants chez des cinéastes indépendants comme Sally Potter, pour qui elle jouera le rôle d’un élisabéthain pour son film Orlando, adapté du roman de Virginia Woolf ou encore son rôle marquant de mère alcoolique et dépressive dans Julia de Erick Zonca. On ne compte plus les rôles secondaires, mais toujours marquants de l’actrice dont la filmographie ne fait que confirmer sa formidable adaptation à des rôles très divers. On la retrouve notamment sous la direction de Béla Tarr (L’Homme de Londres), Danny Boyle (La Plage), Jim Jarmusch (Broken Flowers, The Limits of Control, Only Lovers Left Alive ou plus récemment dans le film de genre The Dead Don’t Die) ou encore aux côtés des frères Coen (Burn after reading) et de Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom, elle fait également la voix de l’Oracle dans L’Ile aux chiens et nous la retrouverons dans The French Dispatch cette année). On note qu’elle aura l’habitude de travailler avec des cinéastes plusieurs fois tout au long de sa carrière, preuve de son attachement non pas seulement à un film mais à une manière de travailler et une vision du cinéma. « J’ai du mal à concevoir de travailler avec un cinéaste sans devenir son amie. Même pour Narnia, je n’ai accepté que parce que Andrew Adamson, le réalisateur, est un ami. Je ne choisis jamais de rôle, je choisis une histoire avec un cinéaste. » (Télérama, le 23 novembre 2011).

Récompensée d’un oscar du meilleur second rôle en 2008 pour son interprétation de Karen Crowder, d’avocate rigide prête à tout pour cacher l’existence d’un rapport compromettant, dans le thriller Michael Clayton de Tony Gilroy, elle reçoit l’Oscar du meilleur second rôle en 2008. Souvent nommée mais peu récompensée, l’actrice ne s’arrête pas à cela mais se montre très touchée par la portée d’un film plus que de sa propre carrière. « Les nominations et les prix sont très importants parce qu’ils permettent aux gens d’entendre parler du film. » dit-elle. Entre deux tournages, elle enfile sa casquette de coproductrice et part en quête de financements pour défendre des films, notamment We need to talk about Kevin présenté en compétition officielle au festival de Cannes en 2011 pour lequel elle remportera l’European Film Award pour sa performance dans le rôle d’Eva. Sa relation avec Lynne Ramsay, réalisatrice du film, illustre bien sa démarche : « Je connais Lynne depuis 1999 et son premier film, Ratcatcher. Je voulais l’aider à réaliser un nouveau film. En 2007, elle m’avait déjà dit son souhait d’adapter le livre de Lionel Shriver, We need to talk about Kevin. Au début, il n’était même pas question que je joue dans le film. J’étais la productrice exécutive. Puis, à force de réfléchir au projet, l’idée que j’interprète le rôle de la mère martyrisée par son fils tyrannique s’est imposée à nous. » Tilda c’est aussi une femme habituée des jurys de festivals : deux fois membre du jury du festival international de Berlin en 1988 et 2009, en 1993, membre du festival international du film de Moscou et en 2004, membre du jury du 57ème festival de Cannes.

Tilda, c’est aussi une égérie et une femme de mode. Avec son corps longiligne et androgyne, elle plait particulièrement aux plus grands créateurs. En 2018, elle est membre du jury lors de la 33e édition du Festival International de la mode et de la photographie à Hyères. Elle participe très régulièrement à des campagnes publicitaires ou des défilés pour prêter son corps à la mode et à des créateurs ambitieux comme Olivier Saillard, le directeur du palais Galliera, pour une performance artistique en hommage à la couture en 2013. Elle se veut également la muse de photographe et s’ancre dans l’art contemporain. En 1995, elle s’est livrée à une performance d’art contemporain inédite, The Maybe. Elle est restée enfermée dans une cage en verre, elle a dormi pour le public de la Serpentine Gallery, à Londres. Allongée, huit heures par jour, pendant une semaine, le tout pour rendre hommage à ses amis disparus. Une actrice mais nous l’avons compris, une femme forte et engagée avant tout.

Notre top 3 de ses transformations

  • Okja (2017) réalisé par Bong Joon-Ho pour son double rôle de Lucy et Nancy Mirando. Jouant deux sœurs, Tilda Swinton alterne entre deux personnalités et deux allures. Une performance incroyable dans laquelle elle sublime sa capacité de corps caméléon à incarner un personnage puis un autre.
  • Only lovers left alive (2014)  réalisé par Jim Jarmusch pour son rôle de vampire, Eve. Sa manière de se mouvoir, son teint, sa démarche, tout y est. Je vous recommande ce film ne serait-ce pour cet incroyable plan séquence initial et son générique, qui en dit déjà long sur le film… a suivre pour les curieux !
  • We need to talk about Kevin (2011) de Lynne Ramsay. Monté en flash-back, le film adopte le point de vue de la mère : dévastée, elle entame une douloureuse anamnèse sur sa relation avec son fils en retraçant, pas à pas, la trajectoire qui, de l’enfance à l’adolescence, a conduit Kevin à commettre l’impensable. Tilda Swinton avec son visage glacial et sa silhouette atypique incarne avec force cette femme à l’instinct maternel déboussolé qui ne sait pas comment admettre qu’elle n’aime pas son fils.

Le saviez-vous ?

Tilda Swinton a été au cœur d’un scandale avec pourtant un parcours sans faute pour son rôle dans le blockbuster Dr Strange. Elle y interprète un homme tibétain et a donc été accusée avec la production de whitewashing, c’est-à-dire de faire jouer par des acteurs et actrices blanc.he.s le rôle de personnages (réels ou fictifs) au lieu de faire jouer un acteur ou une actrice correspondant à l’origine du personnage. Elle se défendra ainsi : « le script du film ne comportait pas d’homme asiatique à interpréter »« La question ne s’est pas posée, explique-t-elle. Tout sera révélé dans le film, je pense. Il y a d’importantes raisons qui font que nous sommes confiants sur les choix faits. »

À lire, voir et écouter autour de Tilda Swinton

  • Blow Up consacrée à Tilda Swinton :
  • Si tu veux connaitre ses films favoris, elle les livre ici !
  • Le grand entretien de Tilda Swinton pour Les Inrocks c’est ici !
  • Si tu veux connaître plus en détail sa grande filmographie, c’est par ici !