Coup de Projecteur sur Michel Piccoli

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Coup de Projecteur paraît tous les mercredis sur PUNKTUM en partenariat avec La Bobine Parisienne.

C’est déjà un des derniers géants du cinéma français, acteur de rôles mythiques dans près de 200 films. Légende du cinéma français, Michel Piccoli aura marqué le cinéma tout au long de ses soixante-dix ans de carrière. Comme l’écrivait Dominique Païni, commissaire d’exposition de la Cinémathèque française en 2007, « si on se risque à l’inventaire des noms des cinéastes que Michel Piccoli a servis, c’est une sorte de dictionnaire idéal de la cinéphilie qui s’accomplit : Hitchcock, Renoir, Buñuel, Godard, Rivette, Demy, Varda, Oliveira, Ferreri, Bellocchio, Sautet, Chahine, Tavernier, Cavalier, Doillon, Moretti, Carax… Cette liste est inimaginable et il n’est pas concevable qu’un acteur ait pu faire un tel voyage. » Et on n’oublie pas, plus récemment Nanni Moretti et son Habemus Papam. Mythique ! Lorsque le voyage s’arrête, c’est aussi l’occasion de remonter le temps et de se pencher sur son parcours. Mais par où commencer ? Michel Piccoli, c’est un peu un caméléon, capable d’incarner le patron le plus détestable – Grézillio dans Le Sucre (1978) de Jacques Rouffio -, et le plus mélomane des amoureux – Simon Dame dans Les Demoiselles de Rochefort (1967) de Jacques Demy

dans « Le Mépris » de Jean-Luc Godard

Retour sur son parcours

Michel Piccoli a suivi une formation de comédien et commence à jouer sur les planches. Il débute sa carrière au cinéma dès 1945, alors qu’il n’a que vingt ans. Les années suivantes seront prolifiques en rôles pour l’acteur qui tourne même déjà pour Jean Renoir (French Cancan), Jean-Pierre Melville (Le Doulos), Luis Buñuel (Le Journal d’une Femme de Chambre). Les années 1960 marquent le début de sa consécration au cinéma. On retiendra surtout sa révélation au grand public avec Le Mépris de Jean-Luc Godard aux côtés de Brigitte Bardot. Cette dernière lui rendra d’ailleurs hommage dans un post de l’AFC, non sans humour « Il avait du talent, de l’humour, et il aimait mes fesses. » rappelant la célèbre réplique du film. Ce tournage est aussi marquant pour l’histoire du cinéma français que pour lui, il dira même « Le Mépris m’a donné parmi les plus beaux moments que j’ai pu vivre avec mon réalisateur et mes partenaires. Tous, Fritz Lang, Bardot, l’équipe des techniciens, nous travaillions dans la joie, mais aussi avec une sérénité exceptionnelle. Il est rare qu’un film suscite à la fois autant de joie et de concentration ». Dès lors, les plus grands réalisateurs français et du monde entier font de lui leur acteur fétiche ! Pour le cinéma français, nous retiendrons Claude Sautet qui selon moi lui offre ses plus grandes rôles dans Les Choses de la vie, Max et les Ferrailleurs, Mado et Vincent, François, Paul… et les autres.  

Michel Piccoli n’hésitait pas à casser son image bienveillante avec des rôles profondément antipathiques. Un vrai caméléon !

Si les années 1960 ont été prolifiques, les années 1980 le sont tout autant ! Il obtient deux prix d’interprétation successifs à Cannes et à Berlin pour Le saut dans le vide de Marco Bellochio et Une étrange affaire de Pierre Granier-Defferre. Il travaille avec le jeune cinéma français, comme Jacques Doillon (La Fille Prodigue en 1985), Leos Carax (Mauvais Sang en 1986), n’hésitant pas à casser son image bienveillante avec des rôles profondément antipathiques. Un vrai caméléon, comme on vous le disait !

dans « Mauvais Sang » de Leos Carax

Son dernier grand rôle reste Habemus Papam de Nanni Moretti, sorti en 2011 alors que l’acteur avait 85 ans. Ce long-métrage suit le parcours du cardinal Melville qui vient d’être élu Pape. Le long-métrage de Nanni Moretti a fait partie de la sélection officielle du festival de Cannes en 2011. Après ce rôle, il est apparu dans Holy Motors de Leos Carax ou encore Le goût des myrtilles de Thomas de Thier en 2013.

En bref, un acteur aux multiples facettes, sublimé à de nombreuses reprises par des réalisateurs avec qui il crée de solides collaborations, nous pourrions même parler d’acteur fétiche pour Marco Ferreri, avec sept films, Luis Buñuel avec six films, Claude Sautet ou encore Manuelo Di Oliveira, quatre films ! Antistar et anticonformiste, à l’annonce de sa mort de nombreux commentateurs ont souligné qu’il n’avait pas reçu de César du meilleur acteur. Homme de gauche et militant, il s’est également épanoui grâce à des cinéastes à son image, révoltés, engagés et libres.

dans « Habemus Papam » de Nanni Moretti

Notre top 5 de ses rôles phares

  • Cardinal Melville, voué à devenir Pape, dans Habemus Papam de Nanni Morreti. On (re)découvre la force du jeu de Piccoli. Jeune ou vieux, il crève l’écran ! 
  • Paul dans Le Mépris de Jean-Luc Godard, on retient sa réplique « c’est merveilleux le cinéma ! »
  • Pierre dans Les Choses de la vie de Claude Sautet aux côtés de la sublime Romy Schneider. Mention spéciale à la célèbre « Chanson d’Hélène » !
  • Simon Dame dans Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy (un rôle secondaire, mais mythique !)
  • Henri Musson dans Belle de Jour de Luis Buñuel aux côtés de Catherine Deneuve

Et, pour toi, s’il n’en restait qu’un ?

Juliette Monnier : Pour moi, ce serait son rôle secondaire de Simon Dame dans Les Demoiselles de Rochefort, je connais « La chanson de Simon » par cœur et ce fût d’ailleurs mon réflexe de la chanter quand j’ai appris la nouvelle…

Le saviez-vous ?

Michel Piccoli était également derrière la caméra ! Il met en scène son premier court-métrage en 1991, avant de se lancer dans le format long en 1997. Il poursuit avec trois (beaux) longs-métrages : Alors Voilà (1997), La Plage Noire (2001) et C’est pas tout à fait ce dont j’avais rêvé (2005).


À lire, écouter et voir autour de Michel Piccoli

  • Les Choses de la Vie (1970) de Claude Sautet où Piccoli livre sa performance la plus tendre et tragique à la fois en jouant aux côtés de Romy Schneider. Ayez le cœur bien accroché, c’est un film coup de cœur et coup de poing ! Diffusé sur ARTE ce dimanche 24 mai à 20h55.
  • L’extravagant Monsieur Piccoli, un documentaire signé Yves Jeuland qui brosse le portrait captivant d’un comédien hors-norme. Diffusé sur ARTE ce dimanche 24 mai à 22h20 et disponible sur arte.fr du 18 mai au 18 juin.
  • Une leçon de cinéma avec Michel Piccoli, dialogue animé par Serge Toubiana (critique de cinéma, rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma entre 1973 et 1992 et directeur général de la Cinémathèque française de 2003 à 2016) à regarder ici !