Coup de Projecteur sur Jane Campion

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Coup de Projecteur paraît chaque semaine sur PUNKTUM en partenariat avec La Bobine Parisienne.

Cinéaste néo-zélandaise, son nom vous est peut-être familier, car notre Jane est la seule femme réalisatrice à avoir obtenu la Palme d’Or du Festival de Cannes pour La Leçon de Piano (ex æquo avec Adieu ma concubine de Chen Kaige) en 1993. Cette année 2020 marque la 73ème édition d’un des plus grands festivals de cinéma et pourtant, toujours pas une femme de plus à l’horizon pour la Palme d’Or.  Jane Campion est devenue l’exception qui confirme la règle ; à Cannes, les présidentes du jury sont rares, tout comme les récompenses attribuées aux femmes. Pourtant, on peut dire que Jane et la Croisette, c’est une belle grande histoire d’amour.  Elle remporte la Palme d’Or du meilleur court-métrage en 1986 pour Peel, exercice de discipline avant d’être nommée en compétition officielle pour Sweetie en 1989. Grâce à ces films, il se dessine déjà ce qui sera sa « patte » et ses thèmes de prédilection : la quête d’identité, l’émancipation des femmes contre le patriarcat et le désir féminin.  Elle obtiendra également le Carrosse d’Or de la Quinzaine des Réalisateurs pour l’ensemble de son œuvre en 2013 et aura même l’honneur d’être la première réalisatrice à présider le jury du Festival en 2014. La question de la misogynie et de la place des femmes réalisatrices en compétition officielle revient chaque année sur le tapis (rouge). En 2014, le président Gilles Jacob avait admis au micro de The Observer que c’était « une honte » qu’une seule et unique femme ait reçu la Palme d’or… Il ajoute : « Le cinéma est dominé par les hommes et Cannes n’est que le reflet du cinéma. »

crédit : Maria Laura Antonelli/REX/SIPA

Retour sur son parcours

Mais revenons ensemble sur son histoire. Jane est née à Wellington en 1954. D’abord passionnée par le théâtre, elle suit des études d’anthropologie et de cinéma en Australie, qui sera la terre de ses premiers films. Ses premiers courts-métrages (pour certains expérimentaux) sont réalisés dans les années 80 et présentés en festival. Elle réalisera Une Ange à ma table en 1990 et gagnera le Grand Prix du Jury de la Mostra de Venise. En résumé, on peut dire que chaque film de Jane Campion remporte une récompense ou est remarqué par les plus grands festivals de cinéma. Cette expérience et cette reconnaissance ne fera qu’affirmer son style, jusqu’à son chef-d’œuvre : La Leçon de Piano. Réalisé en 1993, Le film est une adaptation libre d’un roman de Jane Mender, et fera émerger la carrière des actrices Holly Hunter et Anna Paquin, qui se voit décerner à l’âge de 12 ans l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Ce n’est que le début d’une carrière et d’un film qui sera à la fois un succès critique et commercial. Il suivra, en dehors de Cannes, une vie de luxe avec le César du meilleur film étranger et l’Oscar du meilleur scénario original la même année. La Leçon de Piano est aussi un succès commercial en France, car il devient la seconde Palme d’Or la plus visionnée dans l’Hexagone depuis les années 70 (avec Pulp Fiction). Le film aura une forte influence sur plusieurs générations de réalisatrices et il n’est pas étonnant de voir beaucoup de similitudes entre ce dernier et le récent Portrait de la Jeune fille en feu de Céline Sciamma.

Grâce à « Peel, exercice de discipline » (1986) et « Sweetie » (1989), il se dessine déjà ce qui sera la « patte » de Jane Campion et ses thèmes de prédilection : la quête d’identité, l’émancipation des femmes contre le patriarcat et le désir féminin.

Si Jane Campion n’a jamais revendiqué un féminisme militant appuyé, son cinéma « de femme », non américain et singulier est devenu un symbole. Iris Brey le liste dans sa liste des sept films les plus féministes, les plus porteurs d’un Female Gaze. Réalisatrice marquante avec des longs-métrages et sa série télé Top of the Lake ( récit sur la violence entre autre masculine), c’est en tous points une artiste qui mérite un coup de projecteur ! Après une décennie à vide, sa prochaine œuvre, Le Pouvoir du chien sortira sur Netflix (et on l’espère dans de bonnes salles de cinéma) en 2021.

Notre top 5 de ses films (elle en a peu mais tout de même de quoi faire une petite sélection !)

  • The Portrait of a Lady (1996), pour la très belle adaptation du roman d’Henry James, ça vaut le coup et c’est toujours aussi beau.
  • Sweetie (1989), pour ses cadrages et décadrages étonnants. Avec un personnage instable, la caméra adopte également des angles de vus déstabilisants, des plongées et sorties de cadres inattendues, et c’est toujours aussi beau.
  • Bright Star (2012), un film que je place dans la lignée des films de l’ère des Jane Austen comme Raison et sentiments ou Orgueil et Préjugés : pureté des décors, justesse des dialogues et des émotions !
  • An Angel at my Table (1990), pour le portrait de femme qu’elle dresse. Janet Frame est une femme issue du milieu ouvrier qui fut internée pendant sept ans.
  • Et évidemment…. La Leçon de Piano, pour tout, mais surtout pour les mots de Naomi Kawase à son sujet :« J’ai été frappée par la scène dans laquelle le piano est plongé dans la mer. C’est en voyant cela que je me suis dit que c’est vers cet univers que je voulais me diriger. Quand je parle de direction, je pense d’abord à la trajectoire de la réalisatrice de ce film. La seule réalisatrice à décrocher la Palme d’Or. Je voulais devenir une réalisatrice aussi pertinente que Jane Campion. Je ne fais pas des films pour recevoir des prix, mais pour réussir à construire un environnement dans lequel des films puissent être distribués et vus dans le monde entier. Pour moi qui était jeune étudiante, c’était une leçon de piano mais également une leçon de courage. », et parce que c’est un film à voir !

Et, pour toi, s’il n’en restait qu’un ?

Juliette Monnier : La Leçon de Piano. Même si tout est dit, laissez-moi en rajouter une couche. C’est beau, c’est grand et même s’il s’agit d’une comédie dramatique, ça fait du bien. En plus de son esthétique, c’est une vraie réflexion sur la communication non verbale qui nous est livrée. Lorsque les gestes d’Ada effleurent les touches de son piano, en oublie presque son mutisme.

Le saviez-vous ?

Jane Campion, c’est aussi une grande histoire d’amour avec les génériques. Je te conseille vivement d’aller voir l’épisode de Blow UP à ce sujet. Les génériques sont marqués par des hommages à ses influences, des artistes, sa famille, de grandes femmes…

À lire, écouter et voir autour de Jane Campion

  • Un moment avec Jane Campion, mais en anglais :
  •  Jane Campion par Jane Campion de Michel Ciment, éditions Cahiers du Cinéma, 2014