Coup de Projecteur sur Ennio Morricone

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Ce que Bernard Hermann est à Alfred Hitchcock ou encore Danny Elfman à Tim Burton, Ennio Morricone l’est avec Sergio Leone. Les images de ces westerns spaghetti mythiques sont indissociables de leur musique. Une collaboration professionnelle mais surtout humaine et amicale que Leone décrira même comme « un mariage comme les catholiques se mariaient avant les lois du divorce ». Retour sur la carrière d’un des plus grands compositeurs de notre temps.

crédit : Jelmer de Haas / enniomorricone.org

Retour sur son parcours

Immédiatement, à l’évocation de son nom, comme à l’annonce de sa mort à Rome, sa ville natale, c’est d’abord un air d’harmonica qui se fait entendre dans le ciel de la capitale. Les notes des westerns italiens de Sergio Leone qu’il grava dans la mémoire collective de toute une génération. Une trajectoire de vie intrinsèquement liée à l’histoire du cinéma, malgré lui.

Mais, voyez-vous, la vie c’est avant tout des rencontres. Certaines changent des vies. Pour Ennio Morricone, ça sera un coup de téléphone de celui qui fut son ancien camarade de classe, Sergio Leone.

Nous sommes le 10 novembre 1928, et ce jour-là, Ennio Morricone naît. Fils aîné d’une fratrie de cinq enfants, il est rapidement initié à la musique par son père, le trompettiste de jazz Mario Morricone. Très tourné vers sa famille et proche de son père, il ira jusqu’à adopter le même instrument lors de son entrée à l’Académie nationale Sainte-Cécile de Rome. Il y étudie l’orchestration, l’orgue, s’initie à la musique sérielle, compose de la musique classique et expérimentale. Il écrit sa première œuvre classique en 1957, mais les bénéfices sont trop faibles pour lui permettre de vivre de son œuvre. Il est alors embauché à la RAI (groupe public de radio et de télévision italien) en 1958, mais quittera son poste aussitôt décroché. Dès lors, il se tourne vers une musique plus populaire et des chansons pour les vedettes de variétés de l’époque. Cette bifurcation nous montre déjà une chose, dans le besoin ou non, Ennio ne compose que ce qu’il aime. Ces travaux le font connaître et apprécier par des artistes divers ainsi qu’au grand public à une échelle européenne. A partir des années 1960, il débute comme compositeur de musique de films après des arrangements et des travaux pour d’autres musiciens ou encore pour des émissions. En 1961, il signe sa première bande originale, celle du film Il federale de Luciano Salce. Mais, voyez-vous, la vie c’est avant tout des rencontres. Certaines changent des vies. Pour Ennio Morricone, ça sera un coup de téléphone de celui qui fut son ancien camarade de classe, Sergio Leone.

Il lui propose de composer la bande originale de Pour une poignée de dollars (1964), son deuxième film et son premier western. On connaît la suite de cette collaboration, allant de classique en classique, les deux amis enchaînent les succès. Pendant près de vingt ans, leur collaboration les portera au sommet : Et pour quelques dollars de plus, Le bon, la brute et le truand, Il était une fois dans l’Ouest, Il était une fois en Amérique. « Ennio est l’un de mes meilleurs scénaristes » précise Sergio Leone. Scénariste avant tout, déclencheur d’action par ses tonalités tantôt allant vers le mélo ou l’épique, de pleurs ou de suspense. Le réalisateur avoua même qu’il ajustait ses mises et scènes et ses placements de caméra, selon le mouvement musical de son ami qui composait avant le tournage. Choix étonnant, mais il précisera à ce sujet au journal Le Monde, lors d’un entretien, que sa musique est souvent meilleure quand il ne voit pas les images, et qu’un bon scénario est suffisamment visuel pour qu’il puisse se passer d’un montage. Capable de beaucoup de lyrisme et à la fois d’une grande gravité, il s’est distingué d’autres compositeurs en puisant dans les sons du réel pour sculpter et donner un certain relief à ses partitions. On trouve donc tout naturellement des sons de cloches, des fouets, des coups de téléphone mêlés à des voix inaudibles, des pas qui frappent le sol ou des instruments populaires italiens. Cette recherche tout au long de sa carrière tend vers l’idée que chaque sons, ou bruits appartiennent à la musique dans toute sa noblesse. Si la postérité retiendra en premier lieu ses musiques de western, Morricone a toujours souligner qu’il n’a composé que trente-cinq musiques de Westerns sur quatre cent-cinquante films, soit à peine plus de huit pour cent de son incroyable production (plus de 450 films soit un des compositeurs les plus prolifiques de l’histoire du cinéma). Très attendu à Hollywood, Morricone vivra à Rome toute sa vie et restera attaché à défendre des productions diverses, française entre autres avec la musique célèbre du film Le professionnel de Georges Lautner avec Jean-Paul Belmondo ou encore Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil.

En 2016, il composait encore la partition des Huit Salopards de Quentin Tarantino et recevait, tardivement, un deuxième Oscar, après l’Oscar d’Honneur décerné en 2007. En 2018, pour ses 90 ans, Universal sortait un coffret de 18 CD, échantillon des 500 B.O. de sa longue carrière et de ses 70 millions de disques vendus.

Décédé le 6 juillet 2020 à Rome, l’hommage de la classe politique italienne a été unanime, de la gauche à l’extrême droite et un député a immédiatement proposé de donner son nom à une rue de Rome. “Ennio Morricone l’empereur de la musique au cinéma, un harmonica, des rythmes, mélodies, instruments inattendus, des trilles, 3 notes faciles à retenir, la prodigalité de ses partitions”, a réagi sur Twitter Gilles Jacob, ancien directeur du festival de Cannes. C’est aussi une grande perte pour les cinéphiles, mais la beauté de ces métiers font qu’Ennio restera malgré tout éternel.


Notre top 3

  • Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone : Pour ses notes à l’harmonica qui vous étripent, qui vous animent et vous secouent tout le long du film jusqu’à la fameuse scène…. On n’en dit pas plus !
  • Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone : Parce que sans ces partition, le film ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui, c’est-à-dire un classique.
  • Le Clan des Siciliens de Henri Verneuil : Parce que c’est une musique que j’écoute pour écrire, pour rêver, pour travailler, pour m’évader aussi… Toute la B.O de ce film mérite d’être écoutée.

Le saviez-vous ?

Un des plus grands regrets du compositeur, c’est de ne pas avoir collaborer avec Stanley Kubrick. Le réalisateur avait fait appel à lui pour composer la musique d’Orange Mécanique. Il avait accepté mais ne souhaitait pas composer à Hollywood, préférant de loin le confort de Rome. Kubrick n’aimait pas l’avion… Leur collaboration n’eut pas lieu, et pour si peu !

À lire, voir et écouter autour de Ennio Morricone

  • Un best of en écoute sur Youtube, à écouter encore et encore ici
  • Une interview diffusée sur France Inter en 1971, à retrouver ici
  • Une émission sur Il était une fois en Amérique avec Sergio Leone diffusée sur RTS en 1984, à regarder ici
  • Pour revoir ses films, l’intégralité des programmes est disponible ici et en replay sur les chaînes concernées
  • Évidemment, on vous conseille chaudement de regarder le Blow Up qui lui est dédié, juste ici