Coup de Projecteur sur Jeff Nichols

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Coup de Projecteur paraît chaque semaine sur PUNKTUM en partenariat avec La Bobine Parisienne.

Cette semaine, focus sur les Etats-Unis ! Et sur quelqu’un qui y tient autant qu’il défend des valeurs semblant s’échapper dans l’actualité de ces derniers jours. Depuis 2010, un cinéaste américain a su se démarquer des intentions cinématographiques et proposer au public son univers visuel, à la fois par la simplicité naturaliste de ses essais mais aussi grâce à la véritable humanité qui se dégage de ses acteurs et de sa photographie. De toute cette douceur, nous en avons besoin. Retour sur l’un des cinéastes indépendants à suivre de cette génération : Jeff Nichols.

crédit : Ben Rothstein / Warner Bros. Entertainment Inc.

Retour sur son parcours

Avec son visage sympathique et son parcours sans faute, Jeff Nichols nous attire particulièrement. Né à Little Rock en Arkansas aux Etats-Unis, terre à laquelle il est attachée, Jeff grandit dans une famille de classe moyenne avec son frère Ben. Les deux compères sont restés proches, l’un est parti dans le cinéma et l’autre s’est engagé dans une carrière musicale. Ben Nichols est chanteur et guitariste du groupe de rock/punk Lucero, il participe aujourd’hui aux bandes originales des films de son frère. Parcours des plus classiques, Jeff étudie au sein du département de cinéma de la North Carolina School of Arts. Dans ce nouveau département, il préféra rapidement la pratique à la théorie. Il y découvre un cinéma divers passant du cinéma d’auteur au cinéma de divertissement le plus total, aimant à la fois Steven Spielberg, John Ford, Martin Scorsese, Paul Newman, et Terrence Malick. Jeff citera notamment La balade sauvage de Terrence Malick comme l’un de ses films préférés. Mais ce n’est pas seulement sa culture cinématographique qu’il forge sur les bancs de la faculté, c’est également des collaborations et amitiés durables, comme son camarade d’études David Gordon Green, originaire de Little Rock également ou Adam Stone, son futur chef opérateur. A la sortie de ses études, il commence d’abord sa carrière en production avec Be Here to Love me, puis se tourne vers le scénario avant de s’attaquer à la réalisation. 

En 2007, son premier film Shotgun Stories annonce ce qui deviendra les grands thèmes de sa filmographie : la famille et son attachement au paysage de sa région natale. « J’ignore pourquoi mes films parlent sans cesse de la famille et de la relation père-fils. Une douleur enfouie, une ­exploration de ma propre enfance ? Je ne crois pas. J’ai grandi dans un environnement familial très stable : j’ai eu une belle relation avec mon père. […] Mais, plus sincèrement, les relations familiales, les sentiments de ­paternité ou de filiation sont universels, ce sont des outils qui aident à enraciner une histoire, à la rendre plus familière au public. » confie-t-il à Télérama. La famille c’est sacrée, c’est celle qui se rapproche et s’unit par le biais des sentiments et l’amour de l’autre, l’envie de protéger l’être aimé. “La famille étant une bulle dans laquelle on peut ou doit se réfugier face à une société qui voit sommeiller en elle des démons ambivalents qui ne cessent de vouloir la désolidariser.” On y retrouve également son attachement à la nature, aux paysages du sud, aux grandes plaines, plus encore une ode à cette terre nourricière et la quête de l’homme pour y trouver sa place. Au casting, on note également la présence de Michael Shannon qui deviendra son acteur fétiche, présent dans tous ses films.

« Mais, plus sincèrement, les relations familiales, les sentiments de ­paternité ou de filiation sont universels, ce sont des outils qui aident à enraciner une histoire, à la rendre plus familière au public. »

Jeff Nichols

En 2011 et 2012, il réalise successivement deux films marquants qui installent sa notoriété dans le cinéma indépendant américain : Take Shelter et Mud : sur les rivières du Mississippi. On y retrouve toujours un casting de qualité – Michael Shannon, Jessica Chastain ou encore Matthew MacConaughey – qui le portera au Festival de Cannes. C’est tout particulièrement son deuxième film, Take Shelter, qui l’a révélé en France lors de son passage au Festival de Cannes en 2011. Son histoire avec le festival continue avec Mud (2012) puis Loving (2016) nommés tous deux en compétition officielle. L’actrice Ruth Negga est notamment nominée pour l’Oscar de la meilleure actrice pour ce film l’année suivante. Elle se distingue notamment dans différents festivals, dont celui de Santa Barbara et Palm Springs. L’année 2016 est également marquée par la sortie de Midnight Special présenté en compétition officielle pour l’Ours d’Or de la Berlinale. On le découvre ici dans un film de science-fiction ce qui n’est pas dans son habitude. Le film a été fortement influencé par les œuvres qui ont marqué la jeunesse du réalisateur, avec une influence très nette de la pop culture et un attachement à l’oeuvre de Steven Spielberg : Rencontres du troisième type et E.T l’extra terrestre, tous deux du maître du divertissement, Starman de John Carpenter ou bien encore Le village des damnés de Wolf Rilla. Le cinéaste cite également Un monde parfait de Clint Eastwood comme référence pour ce film, comptant d’ailleurs comme l’un de ses films favoris.

Après plusieurs années sans nouvelles, Jeff Nichols sera de retour en 2021 avec un nouveau film autour de l’histoire de la révolution cubaine, avec au casting, Adam Driver. Pour adapter cette histoire vraie, le réalisateur retrouvera l’acteur Adam Driver – avec qui il avait travaillé précédemment sur Midnight Special qui incarnera William Alexander Morgan, un citoyen américain de l’Ohio partant s’engager dans la Révolution cubaine. Il s’agirait d’une adaptation de The Yankee Comandante, un article de David Grann paru en 2012 dans The New Yorker, sous-titré A story of love, revolution, and betrayal (« Une histoire d’amour, de révolution et de trahison »).

Notre top 3

  • Loving (2016), parce que c’est très beau, ça fait du bien et cela résonne tout particulièrement avec ce qu’il se passe actuellement aux Etats-unis. Mildred et Richard Loving s’aiment et décident de se marier. Rien de plus naturel – sauf qu’il est blanc et qu’elle est noire dans l’Amérique ségrégationniste de 1958. L’État de Virginie où les Loving ont décidé de s’installer les poursuit en justice : le couple est condamné à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu’il quitte l’État. La prestation des deux acteurs est par ailleurs exceptionnelle. 
  • Midnight Special (2016) pour la beauté de sa photographie et la lumière. La lumière constitue ici, du fait du récit, un motif à part entière. Alton est ainsi à la fois un personnage privé de lumière (les rayons du soleil pourraient le tuer), et son incarnation même. « Même si mes films parlent de la peur et partent des ténèbres, ils essaient de les percer par la lumière », raconte Nichols. Cela explique aussi pourquoi le film est envahi de ces petits halos lumineux que l’on appelle lens flares et qui étaient monnaie courante dans les films qui ont inspiré Midnight Special.
  • Mud (2012), parce que ce film nous montre encore une fois l’attachement de Nichols à la filiation et à la figure du père, et tout au long de sa filmographie cette tendance évolue avec des pères absents, présents, père spirituel également. Et aussi parce que Matthew MacConaughey, toujours !

Le saviez-vous ?

Chaque film de Jeff Nichols a été écrit à une période bien précise de sa vie. Tout d’abord en tant que frère, puis amant, père, ou encore dédié à un membre de sa famille, soit son frère – une fois encore – sa femme, son grand père. Durant cette période, le scénario met en évidence des frères (Shotgun Stories), des couples (Loving), des enfants à la recherche d’une figure paternelle (Mud) ou une véritable famille (Midnight Special). Dans tous les cas Jeff Nichols, c’est toujours des parents (particulièrement un père) face à ses enfants ! 

À lire, écouter et voir autour de Jeff Nichols

  • Sur France24, en 2016, Louise Dupont et Thomas Baurez reviennent sur la carrière de Jeff Nichols suite à la sortie de Midnight Special
  • Pour en savoir plus sur Midnight Special, rendez-vous sur Transmettre Le Cinéma
  • Martin Scorsese présente Jeff Nichols, une production de TMC Cinéma. Le trailer est à voir ici !