Les métamorphoses de Coralie Royer

Publié le par

Celle qui nous a bouleversés avec son magnifique premier EP Blossom est en passe de devenir l’une des jeunes artistes les plus douées et humbles de sa génération. Au fil d’un parcours musical et scénique alliant diversité et passion, Coralie Royer s’est imprégnée des genres qu’elle a pu, avec respect et inspiration, assimiler et écrire à sa manière, sans jamais sombrer dans la facilité. C’est cette histoire qu’elle a accepté de nous raconter, ainsi que la naissance de son opus et son évolution en mouvement constant.

PUNKTUM : Bonjour Coralie et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Tout d’abord, revenons un peu en arrière, si tu veux bien. Tu as commencé dans le milieu artistique grâce aux comédies musicales, pour lesquelles tu t’es formée. Peux-tu nous parler de cet apprentissage, et de la façon dont tu as découvert cette vocation ?

Coralie : Bonjour ! Oui, effectivement, j’ai terminé ma formation en juillet. En fait, j’ai commencé par le théâtre pendant ma scolarité, après que mes parents me l’aient longtemps recommandé. J’étais extrêmement renfermée et timide, mais j’avais une grande créativité que j’avais envie d’exprimer. Encore un peu plus tard, j’ai commencé à chanter dans un groupe de rock au collège, après les cours. Puis, c’est un peu au hasard que les chemins de la musique et du théâtre se sont croisés pour moi quand j’ai découvert la comédie musicale, notamment avec l’arrivée du Roi Soleil et de Mozart l’Opéra Rock (eh oui…). Je continuais de faire du théâtre d’un côté et de la musique de l’autre, pendant que je découvrais ma passion pour la comédie musicale, jusqu’au jour où j’ai décrété que je voulais en faire partie.

Ce qui nous amène finalement à la fin du lycée, où j’ai passé une année en conservatoire d’arts dramatiques. Ça me plaisait, mais j’ai vite senti que ce n’était pas là que je voulais être. Dès lors, j’ai participé à des auditions pour entrer au Studio International (qui a fermé aujourd’hui) où j’ai passé une première année de formation, puis une deuxième année a suivi au Cours LNB en Formation Comédie Musicale. Ça a été les deux années d’apprentissage les plus intenses de ma vie, sous tous points de vue. Autant physiquement que moralement et artistiquement, j’ai pu me remettre en question, me découvrir et grandir. J’ai appris que j’étais capable de danser, et même de faire des claquettes ! (rires) Et bien plus de choses encore. Je le referais sans hésiter !

Auparavant, lorsque tu étais enfant et adolescente, dans quels univers musicaux as-tu baigné ? Y avait-il des artistes ou des genres auxquels tu étais plus attachée que d’autres ?

Pendant mon enfance, j’ai baigné surtout dans la pop, le rock et la variété française avec mes parents, tandis que mes frères écoutaient l’un du metal, et l’autre du rap. Donc finalement, des univers assez variés. À l’adolescence ça m’a rendue très curieuse… J’étais particulièrement attachée à la culture japonaise, et aux B.O. de jeux vidéo. C’est plus tard encore que j’ai découvert à la fois la comédie musicale, mais aussi le folk. Je me suis attachée à beaucoup d’artistes comme Damien Rice, Glen Hansard, Ed Sheeran, Angus & Julia Stone, Birdy, Leonard Cohen, Bon Iver, Ron Pope et tellement d’autres… Mais aussi à certains spectacles musicaux qui naissaient en France. Aujourd’hui, j’écoute vraiment de tout. Mais je reste très attachée au folk, qui me parle tout particulièrement et qui a beaucoup de place dans mes premiers amours musicaux !

Tu as notamment fait partie de la troupe de « La Folle Histoire du Petit Chaperon Rouge ». Comment s’est déroulée cette expérience, et qu’as-tu appris en y participant ?

C’est une superbe expérience, vraiment ! Déjà parce que ce sont de beaux souvenirs, puis aussi mes premiers pas dans la comédie musicale. Le spectacle est super, l’équipe aussi, que ce soient les comédiens et musiciens avec qui je partage la scène et ceux avec qui je ne peux pas la partager (comme Amandine, qui joue aussi le rôle de Rouge), mais également toute l’équipe créative. Le spectacle est déjà sur scène depuis six ans, j’ai repris le rôle pour une alternance. Guano (le loup), Nicolas (le bûcheron) et moi avons tous les trois dû apprendre le spectacle en quelques jours et c’était vraiment intense, mais on était bien accompagnés ; et quel plaisir, après la première, de se dire qu’on l’avait fait ! Je ne m’en serais pas crue capable si on m’avait posé la question. En plus de ça, ça m’a permis d’apprendre à gérer les aléas de la scène. Un décor qui se fait la malle, monter sur scène avec de la fièvre, les fous rires donnés par les commentaires des enfants dans la salle… Tout ça toujours dans le plaisir ! (sourire)

« Je reste très attachée au folk, qui me parle tout particulièrement et qui a beaucoup de place dans mes premiers amours musicaux ! »

Lorsque l’on regarde les photographies de tes prestations, on sent un véritable plaisir chez toi quand tu es sur scène, que tu joues un rôle précis. Que traverses-tu comme émotions lorsque cela se produit ?

Sur scène, je traverse les émotions du personnage lorsque j’en interprète un, comme Rouge, qui est pleine d’énergie et de caractère ; mais j’en traverse presque tout autant lorsque je me produis seule avec ma guitare. Je donne une vraie importance à l’interprétation de chaque morceau et de son histoire et j’y prends un plaisir infini. J’ai souvent beaucoup de mal à m’exprimer sur ce que je ressens, mais le faire en musique me semble naturel et ça me fait du bien. Sans compter le plaisir et la chance que je ressens de pouvoir faire le métier dont je rêve, ce que je me répète sans cesse lorsque je suis sur scène. Je me sens toujours heureuse et infiniment reconnaissante.

Tu t’es ensuite dirigée vers un autre genre artistique en sortant ton premier EP, Blossom. Qu’est-ce qui t’a poussée à vouloir te lancer dans cette voie, à t’exprimer à travers ton propre disque ?

En vérité, je n’ai jamais arrêté la musique ! Depuis ma première lancée seule sur scène, j’ai toujours continué à écrire et à me produire. Et parallèle, j’ai suivi ma formation et commencé la comédie musicale. Quand j’ai commencé le chaperon, au même moment, j’étais en studio pour Blossom ! J’ai la volonté de pouvoir concilier ces deux voies sans distinction.

Chacune m’apporte des choses différentes en tant qu’artiste et me fait apprendre en permanence. Si j’ai voulu m’exprimer à travers mon propre disque, c’est que j’ai eu envie de raconter un bout de mon chemin et d’histoire, mais aussi parce que, si j’aime la comédie musicale et la vie de troupe, je ressens le besoin de créer mon propre univers et ma musique.

Les titres sont réellement très aboutis et varient continuellement. Comment sont nées les différentes chansons qui composent Blossom ? De qui t’es-tu entourée pour le réaliser, et quelles étaient tes envies ?

Merci beaucoup ! Elles sont nées au fil du temps, de joies et de peines, de nuit, dans ma chambre ! (rires)

C’est tout d’abord avec l’aide précieuse de Francis-Gaël Grommier de l’association LPE que j’ai pu le réaliser. Il a initié cette idée en proposant de m’accompagner. C’est grâce à lui, notamment, que j’ai pu enregistrer dans les studios du Captain Fox, bosser avec Matthieu Clerjaud à la fois au son, mix, mastering, mais aussi aux arrangements, pour lesquels il m’a beaucoup épaulée ! Sans compter qu’il a enregistré les basses de l’EP. Il sait tout faire, quoi ! Également, j’ai pu bosser avec Baptiste Grech qui a joué les parties de violon, Aurélien Ascoët les parties de guitare, Francis lui-même a enregistré des voix sur “Who Am I”, il y a eu Mathis qui nous a prêté main forte en studio… Tout ça grâce à LPE et à son soutien !

Mon envie était simplement de donner vie à ces morceaux qui n’existaient qu’en guitare-voix depuis des années. Je voulais qu’ils prennent corps, les structurer vraiment, faire un EP qui me ressemble, avec des sonorités et des instruments qui me plaisent aussi ! Comme le violon et le glockenspiel par exemple, qui sont très présents. (sourire)

Les arrangements de Blossom sont magnifiques, notamment sur « Till The Sun Comes Down ». Comment s’est déroulé l’enregistrement de ton opus ?

Encore un grand merci ! L’enregistrement de “Till The Sun Comes Down” a été particulièrement difficile, contrairement à son procédé d’écriture. Pas tant pour les instruments, mais plutôt lorsqu’il a fallu poser les voix définitives. On peut compter en heures le temps qu’il m’a fallu pour enregistrer seulement les refrains !

J’avais une idée assez précise des arrangements que je voulais sur ce morceau, qui était pour moi « le morceau où il faut absolument du glockenspiel ». Je cherchais vraiment le côté boîte à musique poussiéreuse, avec sa petite ritournelle. De là, on a posé les guitares, les voix témoins, on a monté les arrangements en commençant par le glockenspiel et les claviers, et ensuite on a peaufiné idée après idée… Baptiste est venu ajouter la touche finale en posant le son de son violon !

Le premier clip issu de l’EP, « Who Am I », te met en scène alors que tu découvres une destinée, tout en cherchant qui tu es pour toi et dans le regard des autres, comme tu le chantes dans le refrain. Que voulais-tu exprimer à travers ce titre et ce scénario ?

Ce titre parle avant tout de mon passage à l’âge adulte ! Je l’ai écrit l’année de mes 18 ans, avec tous les questionnements qu’elle m’a apportés. C’est le titre le plus léger de tous, car je le voulais à la limite entre l’insouciance de l’enfant et les interrogations de jeune adulte. C’est le temps de la recherche de soi, de son style, sa personnalité, ses goûts, ses habitudes qu’on remet en question, ses envies futures… C’était un moment de ma vie où je m’interrogeais sur mon envie de faire réellement de la musique mon métier, alors que c’était ce dont j’avais toujours eu envie. Donc c’était une étape importante qui devait figurer sur l’EP, d’après moi. C’est aussi ce qu’exprime la vidéo ! En plus, elle est filmée chez moi, dans ma bulle ; c’est mon portrait de femme-enfant ! (sourire)

La pochette de Blossom montre une dualité, dans tes tonalités très brumeuses. Comment a-t-elle été réalisée, et que désirais-tu refléter à travers elle ?

Ce visuel est tombé un peu par hasard, en vérité. Je n’avais pas d’idée précise, si ce n’était que je tenais à ce que ma peau et mes cheveux y ressortent, comme c’est souvent le cas dans les yeux des personnes que je croise.

Ladite photo a été prise par Florian Fasola un soir où je lui ai servi (encore) de cobaye. Je ne savais pas encore qu’elle serait la pochette de l’EP au moment où il l’a prise, c’était plus une idée qui m’avait traversée où, pour une fois, j’avais envie de poser nue (en ayant à l’idée que ce serait le cas sur le visuel définitif), et lui voulait tester de nouveaux réglages.

Ensuite j’ai travaillé l’image… sur mon portable ! Le résultat étant celui de la pochette. (rires) Les tonalités brumeuses et la mise à nu étaient pour moi assez représentatifs des titres qui y figurent. J’ai tout de même hésité longuement avant de valider ce visuel, pour pleins de raisons évidentes, mais j’en suis très contente.

Malgré l’annulation de ta release party, on a pu te voir en concert improvisé sur les réseaux sociaux, le soir même et pour plusieurs sessions acoustiques. Tu parais réellement à l’aise lorsque tu es face au public, même si c’est par le prisme de la caméra. Que ressens-tu, maintenant que ce sont tes chansons que tu interprètes ?

Ce soir-là, j’étais au Captain Fox, le meilleur pub culturel de Bois Colombes (en toute objectivité, évidemment), où j’ai travaillé pendant deux ans lorsque j’étais en formation ! (rires) Francis et Loreleï, les patrons, m’y ont accueillie avec Rémi et Manu pour cette fameuse session acoustique qui m’a permis de panser mon cœur après l’annulation du concert. J’étais comme à la maison, dans le berceau de Blossom (puisque c’est là qu’il a été enregistré), entourée d’amis et de proches qui étaient venus eux aussi malgré tout. Je ne pouvais pas être plus touchée, et c’est aussi pour ça que j’étais tellement à l’aise. Pourtant, j’ai ressenti autant de plaisir que de peur de présenter mes titres ! Comme l’impression de sortir d’un trou où j’étais cachée depuis des années et d’éclater ma petite bulle, mais aussi celle de prendre une immense bouffée d’air frais et d’être légère. C’est très étrange à décrire, comme sensation.

Tu as reçu de nombreuses chroniques, toutes excellentes, concernant Blossom. Que ressens-tu en les lisant, et apprends-tu des choses nouvelles sur tes créations et sur toi-même à travers elles ?

Je suis toujours extrêmement touchée, avec un grand sourire. Ça compte beaucoup pour moi, de lire les interprétations des uns et des autres, les échos qu’ont ces chansons qui sont des petits bouts de moi, les ressentis toujours variés et propres à chacun. Certaines chroniques m’ont même beaucoup émue ! J’apprends des choses nouvelles, j’étoffe aussi ma playlist en allant écouter les artistes qui y sont cités. Tout ça reste très nouveau encore, mais ces retours me donnent encore plus envie de faire vivre ma musique sur scène.

« Si j’ai voulu m’exprimer à travers mon propre disque, c’est que j’ai eu envie de raconter un bout de mon chemin et d’histoire, mais aussi parce que, si j’aime la comédie musicale et la vie de troupe, je ressens le besoin de créer mon propre univers et ma musique. »

Tu sembles avoir acquis une incroyable sérénité grâce à Blossom. Est-ce le cas ?

Quelque part, oui. Comme je le disais, chaque morceau est un bout de mon histoire. Je sens qu’avec la naissance de cet EP, j’ai fait la paix avec une partie de moi qui désirait se cacher, qui avait peur. J’ai aussi accepté et pansé les blessures qu’il relate. Et après sa sortie, je trouve qu’il porte encore mieux son titre. Je veux continuer d’écrire et de partager ma musique plus que jamais. Je continue et continuerai toujours de me remettre en question, mais pour l’heure, je suis en sérénité avec ma petite voix intérieure. (sourire)

Peux-tu nous dire ce à quoi nous pouvons nous attendre de ta part dans les mois à venir ?

Dès que possible, des concerts, des concerts, des concerts, encore des concerts ! Mais aussi l’écriture du prochain EP, et en attendant la fin de cette situation, des reprises, du live, et beaucoup de création… Tout ça à suivre sur les réseaux sociaux, que je m’efforce d’alimenter régulièrement, promis ! (rires) Je profite de ce temps pour travailler, apprendre, essayer de nouvelles choses afin que le futur voie éclore une plus jolie fleur encore.

Et merci PUNKTUM ! (sourire)


Retrouvez Coralie Royer sur FACEBOOKINSTAGRAM