Ciné des confiné.es : notre sélection ! (2/5)

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Portes closes jusqu’à nouvel ordre, vous décidez de prendre un bol de cinéma pour respirer. On ne peut que vous y encourager ! Mais méfiez-vous des apparences, car un film peut en cacher un autre et le Septième Art ne fait souvent qu’une seule bouchée de ses spectateurs et spectatrices. Un film comme Canine aux paisibles allures familiales pourrait très vite se révéler être un huis clos cynique et délirant, tandis qu’un classique du cinéma russe vous entraîne d’un coup de caméra dans les dédales de votre propre mémoire sur la célèbre planète éponyme Solaris. Ou pire, vos ados insistent pour regarder un teen movie ! Proposez-leur The Hole qui s’occupera soigneusement d’eux pour une soirée. Notre deuxième sélection embarque rétines et émotions pour des soirées confinées transcendantes !


Canine (2009) de Yórgos Lánthimos

par Julia Vigouroux

Des avions qui tombent dans le jardin, des cours pour apprendre à aboyer, un chat assassin et un peu d’inceste. Voici la réalité des enfants de derrière la clôture. Coupé du monde par un père-dictateur, Canine nous emporte dans le quotidien cynique et effrayant d’une fratrie grecque. Filmé en huis clos, à l’exception de rares sorties avec le monstre, le contexte devrait parler à beaucoup d’entre nous ! Yórgos Lánthimos salué pour The Lobster, Mise à Mort du Cerf sacré et plus récemment La Favorite, est un adepte des climats anxiogènes. Entre une lenteur délirante à la Quentin Dupieux et une extrême frontalité à la Pasolini, son deuxième long métrage n’a rien à envier aux autres. En effet, le film prend son temps à travers de longs plans souvent fixes et des actions qui se laissent attendre, pour mieux surprendre. Ce rythme lancinant permet d’apprécier les coutures esthétiques de l’image et d’adoucir des scènes violentes de sens. Le pari du réalisateur ne peut laisser le spectateur indifférent, soit on aime Canine pour son étrange beauté, soit on ne l’aime pas à cause de son angoissante lenteur. Dans les deux cas, nous ne pouvons que vous conseiller de vivre l’expérience jusqu’au bout, jusqu’à ce que la canine tombe.


Solaris (1972) de Andreï Tarkovski

par Félix Robert

Le souvenir comme prison, comme matière à sculpter, à saisir et à embrasser au risque de se brûler, mais duquel on ne peut s’échapper. Tel pourrait se résumer les névroses de Kris Kelvin dans l’adaptation de Solaris de Stanislas Lem que fait Andreï Tarkovski en 1972. Pendant près de deux heures et demi, le fameux cinéaste russe nous fait violence et explore les méandres de notre cerveau à travers Solaris, une planète qui donne matière aux projections de l’esprit et qui constitue le plus grand mystère de l’humanité. Kris Kelvin (Donatas Banionis), psychologue de renommée mondiale, est envoyé par les autorités sur cette station spatiale pour y étudier le phénomène. Très vite confronté à des situations étranges qu’il ne maîtrise pas, Kris va surtout devoir faire face à l’énigme absolue : sa femme décédée se trouve sur la station. Celui qui affirmait que « le temps et la mémoire se fondent l’un dans l’autre comme les deux facettes d’une médaille » nous livre un chef d’oeuvre complètement en accord avec sa vision du septième art. Face à Solaris, Tarkovski nous pousse dans le labyrinthe de notre mémoire afin de nous confronter brutalement à nos souvenirs, seule matière qui pourrait combler le vide.

Bande-annonce également disponible en VF ici !


The Hole (2001) de Nick Hamm

par Simon Pouilly

Adapté du roman de Guy Burt et réalisé en plein tournant de ce nouveau siècle par Nick Hamm, The Hole fait partie de ces films que l’on vous déconseille si vous êtes sujet à la claustrophobie. En effet, tout commence par quatre adolescents qui se réfugient dans un bunker abandonné le temps d’un week-end, afin d’échapper à un voyage scolaire. Hélas, la bande de gaillards se retrouvent piégés, sans aucune échappatoire ! Entre les multiples tensions liées au manque de nourriture et aux secrets bien gardés de certains, tous n’en ressortiront pas indemnes. Sous ses premiers airs de teen-movie repêché dans les bas du front, The Hole apparaît comme un thriller suffocant qui enferme le spectateur dans la folie de ses personnages. Acculés à leur condition d’être humain, ceux-ci restent impuissants face au plus redoutable des assassins : le temps.

Bande-annonce également disponible en VF ici !