Ciné des Confiné.es : notre sélection ! (5/5)

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Pour cette cinquième sélection de films ancrés dans des lieux confinés, nous voulions vous filer la chair de poules une dernière fois. De Gaspar Noé au grand classique « Vol au-dessus d’un nid de coucou », en passant par l’horrifique [REC] de Jaume Balagueró et Paco Plaza, tout l’enjeu est de résister au tourbillon de folie dans lequel sont irrémédiablement plongés les personnages. Vous savez désormais à quelle sauce vous serez mangés. Plutôt piquante, si l’on en croit le sort que vous réserve ce dernier Ciné des Confiné.es – qui, bientôt, reviendra métamorphosé en une sélection de films pour s’évader (bien méritée) !

[REC] (2007) de Jaume Balagueró et Paco Plaza

Par Raphaël Duprez

Pendant que des voisins espagnols rendent visite à une petite grand-mère esseulée pour célébrer son anniversaire (la vidéo circule sur les réseaux sociaux ; allez jeter un œil si vous en avez envie), d’autres supportent mal le confinement auquel ils sont soumis ; surtout lorsque les effets de la contamination sont aussi terrifiants que ceux du traumatisant [REC]. Filmé caméra à l’épaule par une équipe de télévision fictive, le long-métrage ibérique enchaîne implacablement les phases de la contagion dans un espace clos qui, ici, semble être animé par une force incontrôlable et obscure. Réinventant le film de possédés et autres zombies avides de chair (l’explication finale est remarquable d’inventivité, en plus de vous coller le trouillomètre à zéro) tout en rendant le documenteur visuellement palpitant et accessible (la violence est montrée frontalement, sans gratuité aucune mais avec un imparable sens du choc) l’exploit de Jaume Balagueró et Paco Plaza était destiné à rester dans les annales du Septième Art. Trois suites inégales ont été données à ce chef-d’œuvre, alternant le meilleur (le second volet) et le pire (on va rapidement passer sur l’inutilité du quatrième, amplement dispensable). Regardez « REC. Teaser » sur Youtube si vous avez encore des doutes ; ça devrait vous motiver !


Climax (2018) de Gaspar Noé

Par Juliette Poulain

Sacré cauchemar confiné, Climax se vit comme une expérience sensorielle dont vous ne ressortirez pas indemnes. Pour son nouveau long-métrage, sorti sur grand écran en 2018, Gaspar Noé invite une panoplie de danseurs et de danseuses qui nous livrent une performance semblable à un gigantesque clip musical. Dans un gymnase, la bande d’artistes finit son entraînement avant d’entamer une excitante soirée de départ – demain, ils décollent en tournée. Mais lorsque l’écran commence à tanguer et la caméra à tournoyer, la troupe prend doucement conscience (ou pas) que la sangria contenait du LSD. La soirée implose en plein vol et se transforme en trip ultime. En réalité, ce n’est pas tant l’histoire qui porte l’intérêt du long-métrage de Gaspar Noé, car sa puissance réside dans la façon dont il traite cette fresque horrifique. Avec Benoît Debie, son fidèle directeur de la photographie, le réalisateur crée une atmosphère agréablement chaude, aux lumières rouges et orangées, ternies de jaunes. Lentement, il laisse dériver l’ambiance dans un vert-de-gris angoissant qui clôt les portes et scelle le cadre. Pour eux comme pour nous, il est désormais trop tard. Par ses longs plan-séquences, Noé nous emmène dans les hallucinations terrifiantes de corps devenus fantomatiques, loin de la souplesse maîtrisée dans la scène d’ouverture. Atteignant l’étrange et fabuleux mélange entre apogée de l’atrocité et esthétisme prodigieux, Gaspar Noé fait partie de ces artistes qui auront toujours des détracteurs, parce qu’une telle oeuvre a forcément la saveur de la provocation facile et un arrière-goût de voyeurisme sans fond. Or, Climax expose un travail incroyable sur les corps en mouvement, qu’ils dansent librement ou qu’ils soient drogués en confinement, ainsi que sur l’expérience cinématographique du spectateur et de la spectatrice, tout aussi incapables d’agir face à ce monde qui s’écroule en toute lenteur.


Vol au-dessus d’un Nid de Coucou (1975) de Miloš Forman

Par Mathilde Prévot

S’ouvrant sur l’horizon et ses montagnes, le film laisse aussitôt place à un espace clos, celui de l’hôpital psychiatrique aseptisé et insipide où se retrouve interné Randall Patrick McMurphy (Jack Nicholson). Simulant la folie afin d’éviter la prison, il devient rapidement le grain de sable perturbant l’engrenage d’un système froidement régenté par une infirmière despotique ainsi qu’un emploi du temps ponctué de rituels quotidiens et d’une musique digne d’une salle d’attente. De quoi rendre fou qui ne l’est pas encore. Le long-métrage dévoile une frontière brouillée entre raison et folie. Il ne s’agit aucunement d’une dichotomie simpliste. Au contraire, Vol au-dessus d’un Nid de Coucou rend compte de toute la complexité de l’esprit humain, aussi labyrinthique que fascinant. Et ce n’est pas sans compter sur l’interprétation saisissante d’un Jack Nicholson en McMurphy face à un écran noir de télévision, sur lequel il projette tout son imaginaire pour combler ses frustrations et triompher un bref instant de l’ennui et de la monotonie de son quotidien. Cette folie-là devient alors un acte brillant de résistance à travers lequel il galvanise tous ses compagnons, portraits sensibles d’individus fragilisés par leurs fêlures. Happés dans une euphorie collective incontrôlée, ils démontrent que l’on peut encore s’évader par l’esprit ! Un récit poignant et paradoxalement tout aussi révoltant d’inhumanité que vibrant d’humanité.

Bande-annonce également disponible en VF ici !