Le Ciné des Confiné.es : notre sélection ! (4/5)

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Entre surnaturel frémissant, réalité infectée et jalousie excessive, notre quatrième sélection de films pour confiné.es touche déjà sa fin. Pas du monde, rassurez-vous, nous ne faisons que sonner le glas de ces articles mêlant cinéma et enfermement. Après cela, nous comptons bien vous offrir de quoi vous évader ! En attendant, il faudra subir le gouffre aux allures tristement réalistes dépeint par Danny Boyle dans 28 Jours Plus Tard, ou reprendre un peu d’horreur chérie avec le fameux Evil Dead 2 de Sam Raimi, voire même demander sans hésiter un entrée-plat-dessert d’amour complexe et tiraillé à travers Les Larmes de Petra von Kant d’un certain Rainer Werner Fassbinder. Bon appétit !


28 Jours Plus Tard (2002) de Danny Boyle

Par Charles Gallet

L’homme est un loup pour l’homme. S’il y a bien une chose à retenir des films de « zombies », c’est cette leçon. Véritables ennemies intérieures, barbarie et rage sont tapies en lui et, souvent, dans des situations désespérées, ces premières émotions ressurgissent. Finalement, l’être humain devient aussi détestable que le virus qui le contamine. A proprement parlé, 28 Jours Plus Tard de Danny Boyle, film qui marque le sommet de sa relation avec Alex Garland, n’est pas un film de confinement. Il est plutôt un film de « l’après confinement », quand tout a fini par déraper. Pourtant, tout le film se résume à cette simple idée : trouver un lieu sécurisé, s’y enfermer et en faire un chez soi, c’est-à-dire se confiner. Au fil de la première partie du film, Jim (Cillian Murphy) et Selena (Naomie Harris) ne cherchent que ça. C’est seulement quand ils pensent avoir trouvé leur salut que la véritable horreur commence et son coeur, non pas dans les contaminés, mais bien dans ces soldats, qui vivaient dans et pour la violence. Ils trouvent dans cette pandémie un rôle de dieux sauveurs, propre au mâle alpha qui ne vit que par et pour sa paire de couilles. Dans ce château, le basculement se fait quand les portes se ferment. Les masques tombent et les vrais visages apparaissent. Ce sera aussi le cas pour Jim, qui laissera « la bête » sortir définitivement de lui avant de la faire disparaître à jamais. Cette scène marquante, prouve que le confinement finit toujours par faire ressortir le pire de chacun et que l’humain n’a pas besoin d’un virus pour être contaminé par la haine et la bêtise. Courage, la liberté arrive bientôt !

Bande-annonce également disponible en VF ici !


Evil Dead 2 (1987) de Sam Raimi

Par Louise Schmitt

Comédie horrifique de Sam Raimi, indépendante du premier opus (bien qu’elle soit une relecture plus décomplexée de ses enjeux), Evil Dead 2 nous invite à suivre les mésaventures du parfait anti-héros Ash, qui se dispute ici – et pour la première fois de la saga – ce rôle peu envieux avec, d’un côté, son double possédé et, de l’autre, sa propre main droite ! Lorsque Ash Williams propose à sa petite amie Linda une escapade romantique dans une cabane toute mignonne abandonnée au fin fond des bois, il espérait pouvoir faire la fête, danser, et « boire du champagne avant de faire l’amour » (car c’est l’usage après tout, nous rappelle-t-il). Mais, très vite, il se retrouve en proie à des événements surnaturels après avoir écouté, à l’ancienne, une K7. Ash et Linda arrivent chez un archéologue, qui, avec sa femme, viennent de découvrir le Necronomicon, soit le livre des morts écrit en lettres de sang. Ash, incarné par un Bruce Campbell désarticulé (et, parfois même, démembré), doit faire face à l’ouvrage désormais introuvable. Impossible de s’enfuir, le pont ayant été détruit et l’extérieur contaminé par des créatures démoniaques pullulantes. Ash lui-même se métamorphose à la lueur de la lune. La peur fait place au rire jaune dans cette aventure qui ne laisse ni aux protagonistes ni aux spectateurs le temps de reprendre son souffle. L’enfermement d’Ash nous rappelle épisodiquement notre propre enfermement : il lutte contre ces (ses ?) démons dans des plans chaotiques, hallucine des interactions avec les meubles, ou encore se bat contre son reflet dans le miroir. Prochaine étape : se greffer une tronçonneuse en place de main pour aller faire ses achats ?

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Les Larmes Amères de Petra von Kant (1967) de Rainer Werner Fassbinder

Par Kenzo Di Maggio

Avec ce film profondément camp, adapté de son huis clos théâtral, Fassbinder propose un mélodrame lesbien puissant et implacablement stylisé. Capturant la métamorphose maladive d’un amour acheté en un amour « vrai » entre Petra von Kant, styliste de mode indépendante et autoritaire, et Karin, une jeune mannequin en devenir, sous les yeux jaloux de Marlene, l’assistante soumise de Petra, Fassbinder nous place en voyeurs éclaboussés par les faux-semblants et transforme une chambre en enfer sentimental. Les larmes amères, ou quand la possession de l’autre devient une obsession et se métamorphose en un amour chien, un amour à genoux, celui qui se supplie et finit par nous cracher au visage. C’est cet amour égoïste que dépeint Fassbinder, celui de la solitude refoulée,  qui se cherche un reflet en l’autre, forçant le mirage, se mentant à soi-même pour continuer de croire en un bonheur factice. Alors on multiplie les miroirs, les parures, on change d’apparence jusqu’à devenir l’image de sa propre image, mais il ne se passe rien, tout est sourd et tout se déchire en silence, jusqu’à éclater. Mettre à nu. Ici plus que jamais, choisir l’artifice c’est repousser le vrai pour mieux le révéler, enfermer pour libérer.