Brooke Bentham, en quête de sens et d’inspiration

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Premier album alliant la nonchalance d’une jeunesse trop rapidement perdue à la maturité d’un style constamment sous la menace d’une tempête intérieure, Everyday Nothing de Brooke Bentham s’éloigne des genres musicaux anglo-saxons habituels pour lorgner vers les bas-fonds rock dissimulés de l’autre côté de l’Atlantique. Une fausse douceur qui, lorsqu’elle implose, devient terriblement amère.

crédit : Nick Helderman

Difficile de passer le cap quand on a réussi à se faire une petite réputation durant les années lycée. C’est pourtant ce à quoi s’est retrouvée confrontée l’artiste londonienne Brooke Bentham, devenue du jour au lendemain musicienne ultra-motivée puis terrifiée à l’idée de franchir le pas vers une responsabilité qu’elle n’avait pas forcément sollicitée. Everyday Nothing a bien failli ne pas voir le jour ; entre des signes d’angoisse et d’abandon évidents et constants, la compositrice est toutefois parvenue à vaincre la peur et à coucher ses appréhensions sur disque. Un challenge remporté haut-la-main, tant les onze chansons qu’il contient, mélange de je-m’en-foutisme ambiant et d’électricité prête à devenir décadente, sont chacune une petite merveille de libération et de frustration entrelacées.

La voix tout d’abord, langoureuse et plaintive jusqu’à ce qu’elle s’éveille, sans prévenir (« Blue Light »). La fatigue cumulée au fil des heures d’inactivité a laissé une empreinte indélébile, mais qui contribue à la singularité de l’ensemble, voire en demeure le fil conducteur tout au long de l’écoute. Comme les phares d’une voiture emprisonnant leur proie nocturne, les guitares éclatent, rôdent en se réservant pour mieux surgir et mordre (« Perform for You », « Control »). Plus les minutes s’écoulent, plus la torpeur s’éloigne et cède sa place à un formidable songwriting, cru (« All My Friends Are Drunk ») ou baigné de spleen (« Without »). Les chroniques du quotidien de Brooke Bentham ne vont certes pas révolutionner le rock anglais, mais elles auront le mérite de lui montrer qu’on peut parfaitement s’exprimer sans se sentir obligé.e de sombrer dans les dérives mélodiques d’une fausse forme de révolte, ce qui a souvent tendance à être le cas outre-Manche (quand on ne nous ressert pas toujours la même sauce). Une lame de fond qui pourrait bien se muer en vague emportant celles et ceux qui la prendront et sentiront sa manière de les porter.

crédit : Nick Helderman

Everyday Nothing de Brooke Bentham, sorti le 28 février 2020 chez AllPoints.


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