Manipulations génétiques dans le BlackLab

Publié le par

Le duo japonais le plus ensorcelant de la scène doom/stoner revient avec un nouvel album aux âcres odeurs de soufre, de sauge et d’une pointe de décomposition. Abyss le bien nommé embrasse les ténèbres avec une maîtrise et une beauté noire tétanisantes.

Abyss aurait pu être un énième opus de musique pachydermique, saturée jusqu’à la rupture et alternant riffs et cris sans aucune saveur (comme c’est trop souvent le cas). C’était sans compter sur la remise en question effectuée par Yuko Morino et Chia Shiraishi depuis le très remarqué Under the Strawberry Moon 2.0 en 2018, premier essai ayant pris la forme d’un échauffement avant le cataclysme. Ce nouveau disque demeure en tous points étonnant, s’amusant à regarder droit dans les yeux les fans du psychédélisme et ceux du metal extrême, sans choisir un camp particulier. La portée des compositions longues ou condensées du duo s’étend bien au-delà de leur structure et de leur écoute, caressant les créatures nocturnes avec douceur et sagesse afin de mieux s’abreuver de leur sang.

L’œuvre devient une lettre d’intentions au fur et à mesure de son inexorable progression, accélérant le mouvement sans crier gare (« Weed Dream », « Forked Road ») ou cherchant l’essence de formules divinatoires ne se dirigeant jamais dans la direction qu’elles semblent suivre (l’intro faussement speed de « Amusement Park of Terror », soit dix-sept secondes dopées aux amphétamines pour trois minutes de ralentis instrumentaux touchant au sublime). BlackLab use de sa science et de ses expérimentations afin de livrer sa propre définition de la radicalité, dans un sens (« Insanity ») comme dans l’autre (le rock chargé d’adrénaline de « Sleepless Night »). Dosant précisément chant et cris, Yuko Morino s’empare des univers ainsi étendus sur les landes grises et cendrées d’un champ de bataille à l’abandon avec autant de respect que d’inventivité, murmurant puis exaltant sa rage et ses émotions. Ce qui explique pourquoi Abyss n’est pas un album comme les autres ; il est une identité, une personnalité propre et libre, saisissant les armes que les musiciennes ont-elles-mêmes fabriquées pour maîtriser l’art de la guerre. Un combat gagné d’avance, et beaucoup plus malin que ses distorsions le laissent paraître.

Abyss de BlackLab, sorti le 8 mai 2020 chez New Heavy Sounds.


Retrouvez BlackLab sur FACEBOOKTWITTERINSTAGRAMBANDCAMP