On rembobine : « Black Summer » de Karl Schaefer et John Hyams

Publié le par

Préquelle de la série horrifico-humoristique Z Nation, Black Summer préfère se concentrer sur l’angoisse à l’état pur, en suivant les itinéraires séparés puis entrecroisés de ses nombreux protagonistes. Une réussite totale qui, certes, ne renouvèle pas le genre télévisuel du zombie, mais a le mérite d’immerger le spectateur dans une tension dont les chapitres s’enchaînent avec intensité et sans temps mort.

Pour situer l’action – même si cela est le moins intéressant, d’un point de vue qualitatif -, nous sommes à six semaines après le début de l’apocalypse zombie décrite durant les cinq saisons de Z Nation. Séparée brutalement de sa fille, Rose (Jaime King, méconnaissable) tente de survivre et de la rejoindre dans un périple sombre, dangereux et durant lequel personne ne peut se fier à son prochain. Rien de bien nouveau sous le soleil (ou plutôt les nuages bas et gris plombant l’atmosphère de la série et contribuant au perpétuel sentiment d’oppression qu’elle distille) ; sauf que Black Summer est un drame où la terreur peut se montrer sous de nombreuses formes, dont certaines quasiment insupportables. À la différence de sa suite ou de The Walking Dead, la création de Karl Schaefer et John Hyams ne sombre jamais dans la surenchère, demeurant visuellement et scénaristiquement à hauteur d’homme.

Si vous cherchez un divertissement à base d’héroïsme, de sacrifice, de sensations fortes ou de scènes d’invasions massives de morts-vivants, autant vous prévenir de suite : passez votre chemin. Découpée façon Boomtown (là encore, un exemple de modernité narrative sacrifié sur l’autel de l’audimat), Black Summer déroule ses événements, les entrelace avec une économie de moyens et d’effets chocs amplifiant davantage son réalisme. Pas de super-héros improvisés ici ; juste des individus lambda confrontés au pire et agissant selon leur instinct de survie. C’est-à-dire, le plus souvent, par la panique, l’impulsivité ou la fuite. La lucidité des scénaristes est précise, pointilleuse, comme s’ils vivaient à travers leurs créations. De même, la réalisation enchaîne les plans-séquences brefs mais nécessaires, les regards lents et focalisés sur les caractères, en omettant volontairement un sensationnalisme qui aurait été totalement déplacé (même la musique, minimaliste et quasiment jamais employée, amplifie grâce à ses sonorités dark ambient le sentiment de malaise nous collant inexorablement à la peau). Et, surtout, Black Summer fait peur, très peur ; à ce titre, le troisième épisode, « Summer School« , est sans conteste possible l’un des plus grands exemples de trouille viscérale jamais proposés sur nos écrans. De même, les dernières minutes de la saison sont l’illustration ultime de la fatalité et du désespoir, poids écrasant du traumatisme causé par le vide et l’abandon., avant la seule source lumière d’un pur cauchemar éveillé de huit épisodes condensés et dévastateurs.

Black Summer vous prend dans ses griffes sales et ensanglantées et ne vous lâche plus. Certainement l’un des meilleurs shows disponibles sur Netflix, et dont une seconde saison est d’ores et déjà prévue. On sera là pour vous en reparler.


Black Summer (USA, 2019) de Karl Schaefer et John Hyams. Disponible sur Netflix.