Billy Nomates, fièvre punk et coupe mulet

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De l’autre côté de la Manche, Billy Nomates brosse en quelques chansons le portrait d’une société rongée par son propre système. La machine s’enraye. L’orage éclate. Ce premier album paru plein été sonne comme un appel à la révolution. Après avoir écouté le petit bijou punk éraillé et pop à synthés de cette jeune Anglaise, on pardonne même sa coupe mulet.

« No ». En deux lettres, Billy Nomates balance un message clair. C’est l’heure de la résistance. Avec une ligne de basse omniprésente façon Pixies et une voix aussi délicate que déterminée, le single sorti quelques mois avant l’album pose une première pierre au rempart. Contre la domination masculine, la voix de la musicienne fait écho à la parole libérée par la vague #MeToo. La digue ne cédera pas face au patriarcat arriéré. L’opus éponyme recèle de pamphlets dans le genre, à l’instar de « Fat White Man » qui dénonce ouvertement ces mecs opprimants et sans respect. Plus largement, le titre pointe du doigt une société hiérarchisée par des modèles archaïques, que ce soit la place d’un individu définie par son genre, la réussite par le travail ou encore la suprématie blanche. Il est temps d’évoluer.

Réveiller la révolution

Mais comment se révolter sans passer pour une bobo privilégiée ? Avec ses airs de Patti Smith, « Hippy Elite » dessine l’aube d’une mutinerie encore floue, oscillant entre effervescence du changement brusque et avenir incertain. Si les traînées de basse traduisent une langueur monotone, les rythmes de synthés accrocheurs évitent à l’album de sombrer dans un pessimisme morbide. Oui, on pourrait croire que Billy a une tendance nihiliste quand elle chante « Those machines are gonna eat your first / I want no part of the modern world », mais de sa voix jaillit plutôt une forme d’ironie – le morceau s’intitule « Happy Misery ».

Salade de fruits punk et pop

Tête de mule audacieuse, l’Anglaise cultive ses racines punk et dore le tout d’un nappage pop. Les synthés graves et la boîte à rythme de « FNP » exhalent le parfum new wave des années 1980, réminiscence agréable surtout quand elle s’accompagne d’une voix bien vénère. Aussi énervée que celle de James Williamson, le chanteur de Sleaford Mods invité par Billy elle-même sur « Supermarket Sweep ». Néanmoins l’Oscar des synthés surplombants revient à « Call In Sick » pour son horizon froid presque robotique qui tourne à l’obsession. Les puristes diront que le punk est mort, dénaturé par la pop à papa. Et Billy Nomates n’en a certainement rien à foutre. Son premier album résume très bien cette fin de décennie qui s’effrite.

Billy Nomates de Billy Nomates, sorti le 7 août 2020 chez Invada Records.


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