« Bad Banks » : investissement à long terme

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Bad Banks fait de sa seconde saison l’exemple parfait de la série intelligente, scrupuleuse vis-à-vis de son sujet et ancrée dans une solide réalité sans jamais sombrer dans la dramaturgie facile. Une raison supplémentaire de vous faire détester la finance, à juste titre !

crédit : Arte

La première saison de Bad Banks était certes d’une irréprochable qualité, mais malheureusement trop obscure pour les profanes que nous sommes en matière d’économie et, plus exactement, de systèmes bancaires internationaux. Dès lors, le téléspectateur se voyait contraint, sans pour autant s’en plaindre, de se focaliser sur les enjeux scénaristiques visant les forces – et surtout les faiblesses – de protagonistes solidement campés par des acteurs impeccables, de Paula Beer à Jean-Marc Barr. On ressentait ainsi une pointe d’excitation à l’idée de savoir ce qui allait advenir de Global Invest Allemagne, de ses cadres et employés savourant de manière quasi masochiste les joies et poisons de la prédation ; tout en gardant un goût amer dans la gorge, tant ces dessous de table et autres manipulations nous semblaient bien trop réelles…

Le retour de Bad Banks pouvait dès lors être aussi attendu que redouté. Heureusement, les scénaristes ont eu l’excellente idée d’assouplir leur jargon spécialisé, de laisser se percuter les tragédies humaines, relationnelles et planétaires dans le cocon fédérateur d’une ruche pour start-ups d’une part, puis dans celui, beaucoup plus intéressant, d’appartements témoignant des qualités et défauts de leurs habitants provisoires, en passant par des chambres d’hôtel aseptisées et impersonnelles. D’autre part, la récupération d’un projet écologique par l’établissement francfortois, polluant ainsi les intentions louables de jeunes entrepreneurs rapidement dépassés par leurs soi-disant mécènes, est d’une terrifiante limpidité, du succès annoncé à une décision rapide et inattendue ravageant les forces en présence et les esprits (au sens propre du terme). En vivant de l’intérieur les angoisses de Jana (notamment lors d’une scène nous coupant littéralement le souffle) et les crises de l’innocent Ben (cruellement rattrapé par ses démons psychiques) ou de l’impulsif Adam, tout en n’omettant jamais de pointer du doigt l’égoïsme et l’opportunisme de celles et ceux qui sont prêts à s’humilier mutuellement pour parvenir à leurs fins pourtant bien futiles, la tension se fait palpable, électrique, prête à exploser. Il faut avoir le cœur solide pour regarder cette nouvelle salve de six épisodes sans temps mort, froide et implacable. C’est ce qui fait que Bad Banks est décidément un show fascinant à plus d’un titre : en accusant frontalement un système axé sur le vide, la spéculation et les coups bas, elle se distingue de certaines illustrations cinématographiques trop faciles et généralistes. Le thriller 3.0, en quelque sorte.


Bad Banks saison 2 de Christian Schwowchow. À voir sur Arte Replay du 30 janvier au 7 mars 2020.