Au fil des récits d’Hania Rani, de « Esja » à « Home »

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Les plus belles rencontres musicales ne tiennent pas à grand chose, et ne sont jamais là où on les attend. Un visuel qui attire sur le net – une obsession pour l’Islande et ses paysages -, le hasard d’une pioche à l’aveugle chez le disquaire, le conseil d’un ami ou encore la mention par un autre artiste lors d’une interview déclenche l’irrésistible curiosité d’aller pousser la porte d’un univers musical inconnu. Souvent, cette curiosité ne dure pas, à peine un ou deux morceaux, le temps d’apercevoir ces nouveaux paysages sonores. Plus rarement, l’envie dévorante d’en explorer chaque recoin devient obsessionnelle. La découverte musicale est alors totale. Bien loin de nos habitudes confortables dans le rock indépendant, ce sont quelques notes martelées sur un piano qui nous ont renversées. Un coup de cœur aussi précieux qu’inattendu, alors que la difficulté de la situation sanitaire liée au Covid-19 frappait de plein fouet.

crédit : Marta Kacprzak / Motion & Picture Stories

Home est le deuxième album de la pianiste polonaise néo-classique Hania Rani. Là où Esja, son premier album et premier volet de ce diptyque, avait initié un intérêt finalement resté superficiel, son successeur provoque des émotions bien plus intenses. De cette ligne mélodique de « Letter to Glass » qui provoque instantanément la chair de poule et serre le cœur, à l’ambiance nocturne si familière de « Zero Hour » en passant par les majestueux paysages islandais de « F Major », l’écoute du disque est un perpétuel voyage émotionnel.

Lors de l’annonce de la sortie de l’album, la musicienne a présenté Esja comme un prélude musical – une introduction – à l’histoire narrée dans Home. Autrefois plus réservée, la pianiste s’exprime pleinement sur ces treize pistes. Premier indice évident de son évolution, elle ose poser sa voix, d’un beau grain cristallin, sur plusieurs morceaux. De nombreux mais subtils éléments électroniques et organiques, et sûrement quelques sons enregistrés çà et là, viennent également donner corps aux mélodies. On imagine alors si facilement le lieu de l’enregistrement des morceaux : une vieille maison, vivante, perdue au milieu des plaines islandaises. Bien que difficiles à identifier complètement, ces crépitements et autres bruissements laissent une part d’imaginaire à l’auditeur pour se raconter une histoire, celle du disque. C’est indéniablement de sa production si vivante que cet album puise sa matière et son souffle.

Une petite année s’est écoulée entre le début et la fin de ce diptyque. Le temps pour Hania Rani d’affirmer son identité, de gagner en assurance et de se dévoiler tout à fait. On avait discrètement mis les pieds dans l’univers du piano néo-classique d’Hania Rani avec Esja, mais c’est finalement Home qui nous y a fait se sentir chez nous. Au point de devenir une des BO de notre confinement. Une des plus belles découvertes musicales de 2020, assurément.

Home de Hania Rani, sorti le 29 mai chez Gondwana Records.


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