Kinder Surprise : Arabella prépare son premier album

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Si tout va bien, la bande de Grenoble devrait pondre un disque à l’automne 2022. Pour en être sûr, on en a quand même discuté avec eux lors de leur passage à Paris début octobre.

On s’affaire autour du babyfoot tandis qu’un « ploc » éjecte le bouchon d’une bouteille de vin rouge. Ça piaille dans tous les sens en-haut du Supersonic, dans les loges de l’iconique club de rock parisien, métamorphosé en un condensé d’excitation. Le quatuor Arabella vient de débarquer à Paris, toujours son premier ep aux riffs solaires dans la valise mais aussi, dans la pochette de devant, une petite surprise. Le gang de Grenoble s’apprête à lâcher le morceau. Leu premier album est sur les rails. Rencontre.

Crédits : Juliette Poulain

PUNKTUM : Ça fait plaisir de vous retrouver au Supersonic ! Depuis quand n’êtes-vous pas venus ici ?

Noé Trystam (guitare) : Ça fait deux ans. C’était il y a quasiment deux ans, juste avant la pandémie. Ça date !

Quentin Planchenault (basse) : On a quand même fait pas mal de concerts depuis la reprise, notamment dans le sud. 

Rémi Guirao (chant, guitare) : On a surtout joué à la Belle Electrique, chez nous, à Grenoble. On a aussi fait Lyon et quelques festivals. On a bien bougé.

Qu’avez-vous ressenti en montant sur scène après un an et demi sans concert ?

Rémi : Le premier, c’était à la Belle Electrique…

Quentin Faverger (batterie) : Face à un public masqué, attention ! Il n’y avait pas encore les pass sanitaires. C’était chouette mais on sentait que les gens n’avaient plus l’habitude.

Noé : C’était quand même blindé et les gens étaient debout, masqués. 

Rémi : En tout cas, c’était bizarre de refaire un concert et voir autant de monde. Ça m’a ému. En plus, on jouait à domicile. Je me sentais presque pas à ma place tellement ça faisait longtemps qu’on n’était pas monté sur scène.

Quentin P. : J’étais trop content. J’avais juste envie de jouer et de balancer du gros son. En fait, j’avais envie d’être autant acteur que spectateur. 

Noé : Mais oui, en fait, le premier concert qu’on a vu post-Covid c’est celui qu’on a joué !

Rémi : On a eu de la chance car on a été rapidement reprogrammés quand tout a repris.

Ce qui tombe à pic puisque vous avez de nouvelles choses à nous présenter. A commencer par Hear The Call, un morceau paru en juillet qui s’avère plus sombre que ce à quoi vous nous avez habitué. Comment est née cette chanson ?

Noé : Elle est née avant même la naissance du groupe.

Rémi : On se connaît tous depuis longtemps et certains d’entre nous ont joué ensemble dans d’autres formations avant Arabella. Cette chanson était déjà là quand on a fondé le groupe donc on l’a réarrangé au sein d’Arabella pour la mettre dans notre sens. On voulait apporter une teinte plus dramatique. 

Quentin P. : Ça ajoute une certaine profondeur. Le premier ep est très joyeux, les morceaux sont très entraînants, on véhicule de la bonne humeur et c’est chouette. Mais, naturellement, je trouve que les morceaux plus mélancoliques sont plus profonds. Ils grattent sous la peau de l’artiste. Même si on fait du rock joyeux et bonne ambiance, il faut montrer au public que ce n’est pas toujours « happy together ». Il y a des choses plus sombres et plus lourdes. C’est important d’amener cette diversité et de la porter sur scène.

Hear The Call s’accompagne d’un clip tout aussi ténébreux qui tourne au cauchemar. Il y a un véritable arc narratif. Aviez-vous envie de raconter une histoire avec cette chanson ?

Noé : Complètement. On a essayé d’incarner le texte. Les paroles de base sont très génériques, ça parle d’une femme qui grandit et ne perçoit que les aspects négatifs du monde. Avec les gens qui nous ont aidé à réaliser le clip, on a tenté de personnifier cette vie. L’enfermement de la jeune protagoniste correspond à cette maison dans laquelle se déroule toute la vidéo. 

Rémi : A la base, ce clip était un plan-séquence. Malheureusement, avec l’équipe de réalisation, on a décidé de l’entrecouper pour des raisons techniques. Mais il reste de longs passages qui sont quand même originellement une seule vidéo. C’était une sacrée organisation !

Quentin F. : On avait quand même une soixantaine de figurant·es. 

Rémi : Et on a entrecoupé le plan-séquence avec des scènes de playback histoire d’éclaircir un peu le clip.

Vous avez déjà quelques clips au compteur. C’est important, pour vous, l’aspect visuel ?

Noé : C’est important mais c’est un fardeau. On est obligé de le faire, de se creuser la tête, d’avoir des idées que d’autres n’auraient pas eu mais sans se prendre pour David Lynch. C’est compliqué. Je me contenterais bien de ne faire que de la musique. Un clip demande énormément de temps entre l’organisation en fonction des plannings de tout le monde, puisque ça mobilise d’autres gens, et le fait de devoir faire des choix. 

Rémi : C’est aussi un budget important, juste pour une chanson. Mais on essaie de partir de la contrainte pour faire des choses sympas et créatives. On est obligé de passer par le visuel pour exister. Les gens ne se content plus de la musique, ils ont besoin d’un support visuel accrocheur.

En janvier dernier, vous sortiez Wild, un single au clip également très soigné. D’où vient ce morceau ?

Quentin F. : Je crois qu’on l’a composé tous les quatre quand on était en résidence à la Faïencerie à Grenoble.

Noé : On a pondu le riff et on l’a repris ensemble, plus tard. 

Peut-on espérer que ces deux morceaux annoncent un nouvel ep ?

Noé : On peut le dire carrément. On travaille sur un album ! Et l’album va surprendre. Tout en restant sur nos bases, on va plutôt aller vers les deux singles qu’on a sorti récemment et d’autres choses qu’on a envie de dévoiler depuis longtemps, des formats plus longs.

Et pour quand est prévu cet album ?

Quentin P. : Alors, on a fait une échographie mais on n’est pas encore sûr qu’il arrive comme prévu !

Noé : On fait en sorte qu’il soit prêt pour l’automne 2022. 

Quentin F. : On aura des précisions dans les mois qui arrivent et à partir de là, on fixera une date.

Rémi : Tout ce qu’on peut vous dire, c’est que cet album est déjà largement composé. On sait qu’il sera là. 

Est-ce la création de ce futur album qui vous a occupé durant les confinement successifs ?

Noé : En grande partie, oui ! Ça fait longtemps qu’on s’interdit de jouer des chansons en live. Là, on commence à être frustré donc ce soir on va en délivrer une. 

Rémi : Voilà, il nous faudra encore un petit confinement et on aura l’album !

En quoi ce premier disque marque un tournant décisif pour Arabella ?

Quentin P. : C’est plutôt un début car l’ep a ce côté ébauche, pas terminé. Ce ne sont parfois pas des morceaux définitifs. L’album est un projet plus ambitieux. C’est un univers marqué de A à Z, des choix de morceaux et de gens avec qui on va bosser. Je ne dirai pas que c’est un tournant, c’est le vrai lancement. 

Rémi : Je pense que le lancement date d’avant. L’ep est déjà un lancement. Pour tous les artistes, le premier album c’est un tournant car un album, c’est un engagement différent. Ça signifie qu’on a un propos à approfondir et à tenir. 

Noé : Quand on est un groupe de rock, en terme de carrière, il y a plein de choses qu’on ne peut pas faire si on n’a pas d’album. Là, on pourra faire des tournées plus importantes et défendre le disque. On suit une construction logique de développement. C’est un début parce qu’on va faire des choses nouvelles mais, comme tu dis, c’est aussi un tournant musical. 

En effet, on perçoit déjà une évolution dans votre travail. Votre premier ep, sorti en 2019, comporte des chansons comme You Will Know ou Summertime Again qui carburent à la pop ensoleillée et au rock de teens. Vos deux derniers morceaux, dont on parlait précédemment, paraissent plus matures.

Noé : Oui, on a aussi cette sensation.

Rémi : Mais c’est bizarre car, sur scène, on a tout de suite joué des chansons en concert qui correspondaient plus à l’esthétique de Wild et Hear The Call. On a composé un set plus rugueux et plus énergique, moins axé sur du teenage. D’ailleurs les gens nous trouvent plus rock sur scène qu’en écoutant l’ep. Pour l’album, on s’est davantage rapproché de notre son de scène. 

Noé : Aussi, certains groupes récupèrent les chansons qu’ils ont sorti en single il y a longtemps ou sur un ep précédent et les incluent dans leur premier album pour faire une sorte de CV afin de montrer ce qu’ils savent faire de mieux. Mais nous on part pas du tout dans cette optique-là. On ne fait que du neuf. 

Quentin P. : Wild et Hear The Call ne seront pas dans l’album. 

Noé : Les chansons qui nous ont fait connaître ne seront pas dans l’album non plus. C’est derrière nous et c’est un choix. 

Rémi : Peut-être qu’on les gardera juste sur scène. Ce sont des morceaux très solaires et jeunes, oui, mais ils font l’identité du groupe. Ça fait partie de notre commencement.

« On a tout de suite joué des chansons en concert qui correspondaient plus à l’esthétique de « Wild » et « Hear The Call ». On a composé un set plus rugueux et plus énergique, moins axé sur du teenage. »

Arabella

D’ailleurs, votre premier ep, paru en 2019, est très brut de décoffrage. Est-ce qu’il a été créé dans l’urgence ?

Quentin P. : On l’a enregistré dans l’urgence. Mais la plupart des compos étaient en place depuis un moment.

Noé : Il a été fait dans la précipitation dans le sens où on a fait des choix très importants sur le son le jour-même de l’enregistrement. On débutait et, au début, on voulait mettre le frein à main mais en studio, on nous a dit de nous lâcher, d’être qui nous sommes et d’aller vers le brut, vers le live. En concert, on joue cet ep de manière vénère. On ne peut pas s’en empêcher.

C’est un ep qui est donc voué au live ?

Rémi : Carrément. Il a été joué sur plus de 80 dates donc maintenant, il a fait son chemin.

Et qui vous inspire sur le plan musical ?

Rémi : Sur les lignes mélodiques, on est nourri par Mystery Jets.

Noé : Récemment, j’écoutais un groupe anglais qui s’appelle Peace et, les gars, je sais pas si vous connaissez mais je nous ai vachement retrouvé dedans. Et Kaiser Chiefs aussi ! C’est ce qu’on écoutait à 16 ou 17 balais mais ça nous influence de malade.

Quentin P. : Oui, structurellement, les morceaux de Kaiser Chiefs sont les mêmes que les nôtres. C’est de la pop anglaise avec des grosses grattes !

Rémi : On nous a souvent dit aussi que notre musique faisait écho à un revival du début des années 2000 genre The Strokes ou The Kooks.

Noé : On essaie tout de même d’avoir notre truc à nous. Notre patte sera sur l’album ! C’est pour ça qu’on prend notre temps. On a encore du chemin et des gens à rencontrer pour le faire sonner comme on veut.


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EN CONCERT

· le 28 octobre à Grenoble / L'Ampérage
· le 11 décembre à Bron / Jack Jack