Intérieur jour, extérieur nuit

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Father, le nouvel album d’Anastasia Minster, étend ses ailes intimes sur des paysages sonores dont le calme dissimule une multitude d’interrogations, en complémentarité avec les éléments naturels qui les inspirent. La délicatesse danse dans les bras de la douleur, au cœur d’une communion émotionnelle et psychique dont les pouvoir thérapeutiques se transmettent, avec calme et confidence, de l’artiste à l’auditeur.

crédit : Michael Haley

Il y a trois ans, Hour of the Wolf nous avait présenté Anastasia Minster sous un environnement entre soleil et lune, au fil de compositions implorant une aide qui tardait à venir, des réponses dont elle se languissait. Le disque, sublime, ravageait également l’auditeur du fait de sa troublante sincérité et proximité, osant aller là où d’autres ne s’étaient jamais aventurés auparavant, tous genres confondus. Aujourd’hui, Father, opus du besoin moral et viscéral d’avancer tant bien que mal, ouvre de nouvelles voies à l’artiste qui, volontaire et sûre d’elle, a exploré les recoins les plus obscurs de son âme. Dès lors, ce qui aurait pu n’être qu’une énième forme de catharsis se mue en méditation de pleine conscience, dessinant les poèmes musicaux et visuels d’une maturité exigeante et en équilibre instable. Les fondations, elles, sont fortes et merveilleuses.

Avec l’aide de Steve Jansen, Anastasia Minster approfondit ses créations, les trace au fusain de sa volonté : « The Ocean Song » nous emmène au large, paisiblement, sans que notre destination ne soit connue. Cependant, nous nous sentons en sécurité ; le périple sera mouvementé et éprouvant, mais vital, l’appel du large provenant de cordes, de cuivres et de nappes synthétiques séduisantes et attractives. Plus loin, au cœur des éléments, le jazz nocturne de « We Are the Prison » nous confronte à notre reflet, à nos faiblesses, tandis que la chanteuse dicte nos états sensibles, nos pertes de connaissance : « We are the prison / The locked door / The lost key / We are the walls / Within the walls / Aren’t we » pour finir, en quelques minutes, sur l’irrépressible envie de ne pas tomber dans l’abysse du désespoir : « One spark / One fuse / We light up /Tall flames / O how / Bright we / Burn ». Father affronte, courageusement et humblement, les démons d’existences soumises, redresse la tête et tourne ses yeux embués de larmes vers les raisons d’une tragédie qui n’aura finalement jamais lieu. « Halos » accepte de se perdre totalement, de lâcher la main des êtres aimés pour s’en aller vers sa rédemption, quand « Supernova » et « Solaris » peignent, en écho à « We Are the Prison », les paysages confortables du combat final. « Fireworks » peut sourire et amplifier légèrement le tempo, aidant ainsi Anastasia à s’immobiliser, droite et convaincue, devant l’ultime étape de sa quête : « Father », le combat vital du patrimoine génétique et humain, le volcan spirituel qu’il faut éteindre en soi.

Faire face à une telle œuvre demande de la patience, de la persévérance et, plus que tout, une curiosité de tous les instants. Anastasia Minster a su dompter les fantômes qui virevoltaient autour d’elle et en elle, quitte à les laisser la marquer de quelques cicatrices ; mais son témoignage est une ressource inépuisable, une espérance, une délivrance.

Father d’Anastasia Minster, sorti le 2 avril 2020.


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