On rembobine : « 13 Commandements » de Ed Vanderweyden

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Dans une ambiance froide et crue, la série belge 13 Commandements distille ses indices, moments intenses et fragilités à travers une écriture et une réalisation parfaites. Dommage que demeurent trois épisodes en trop sur la saison entière, ceux-ci ne justifiant en rien leur ajout. Malgré tout, un polar sombre, humain et avide de sensations dérangeantes.

Histoire basique : un tueur en série s’inspire des dix commandements de la Bible pour accomplir ses attaques. Petite précision cependant : pas de meurtres ici, afin d’obéir au célèbre « Tu ne tueras point ». Mais les traumatismes sont au cœur du récit porté par 13 Commandements : ceux des victimes, tout d’abord, qu’elles soient brûlées ou tatouées à vie sur le front. Ceux des inspecteurs menant l’enquête, ensuite : entre une jeune flic physiquement et psychiquement blessée, en souffrance constante, et un vieux de la vieille trouvant dans la séduction et le sexe une rédemption à sa vie de famille vouée à l’échec, les dix épisodes s’intéressent aussi bien aux rôles qu’à leurs multiples fonctions dans le déroulement implacable de l’histoire. Ne vous faites cependant pas d’illusions : l’identité du coupable est rapidement évidente. L’intérêt de 13 Commandements est ailleurs, dans sa description d’une cité brumeuse et crépusculaire où le vice et les déviances sont autant de motivations pour chaque pervers ou psychopathe, où le poids des échecs est un moteur inépuisable, où la violence de l’image accentue des scènes qu’une réalisation sans identité aurait rendues vaines.

Pas de relecture de Seven ici, comme c’est trop souvent le cas et malgré le postulat de départ ; au contraire, une vision sociale et policière qui, rapidement, s’éloigne du tout-venant télévisuel ayant tendance à copier ses intrigues par-dessus l’épaule de son voisin. Seul souci, mais de taille : le virage que les épisodes 11 à 13 prennent ne sert strictement à rien. Pire encore, il amenuise considérablement l’ensemble, se montre trop prévisible et remet dès lors 13 Commandements sur les rails usés et glissants de conclusions encombrantes et sans saveur, quitte à y sacrifier au passage ses protagonistes. Une déviance rattrapée par un final implacable et froid ; malheureusment, le mal est fait. Cela étant, se priver de cette seule et unique saison pour une si simple dérive relèverait du péché mortel, tant les qualités, retournements de situation et sensations fortes ne manquent pas. Vous voilà prévenus.


13 Commandements (Belgique, 2018) de Ed Vanderweyden, avec Marie Vinck et Dirk Van Dijck. Disponible sur Netflix.